C’est une première judiciaire en France : ce jeudi 3 avril, le tribunal de Vienne (Isère) examine la plainte des parents de Théo, un adolescent de 17 ans né avec de graves malformations qu’ils attribuent à une exposition prénatale au glyphosate. En août 2006, alors enceinte sans le savoir, Sabine Grataloup utilisait un désherbant à base de glyphosate dans son centre équestre. Aucun avertissement sur le produit ne mentionnait les risques de malformation. Théo naît quelques mois plus tard avec des organes digestifs et respiratoires malformés, nécessitant plus de 50 opérations.
Une audience aux enjeux sanitaires et juridiques
L’audience vise à déterminer si Bayer, qui a racheté Monsanto en 2018, peut être tenu responsable pour avoir commercialisé sans avertissement un produit potentiellement tératogène. La famille réclame une expertise judiciaire pour établir le lien entre le glyphosate et les pathologies de Théo. Le Fonds d’indemnisation des victimes des pesticides a déjà reconnu ce lien, versant 1 000 euros mensuels à l’adolescent depuis 2023. L’enjeu est désormais de faire jurisprudence pour d’autres victimes présumées.
Les parents s’appuient sur des études épidémiologiques et scientifiques, notamment en Argentine, montrant une corrélation entre l’usage intensif de glyphosate et une hausse des malformations congénitales. L’affaire pourrait embarrasser Bayer, déjà condamné à verser des milliards de dollars dans des affaires similaires aux États-Unis. En France, il s’agirait de la première reconnaissance d’un lien entre le glyphosate et des malformations prénatales.
La décision du tribunal, qui pourrait être mise en délibéré, s’inscrit dans un contexte tendu : en novembre 2023, l’Union européenne a prolongé pour dix ans l’autorisation du glyphosate, malgré les critiques d’ONG et d’experts de santé publique. Pour Sabine Grataloup, ce combat judiciaire est aussi un engagement militant : « Nous le devons à Théo, et aux autres victimes silencieuses du glyphosate. »