Georges Abdallah : la justice réexamine la libération du plus vieux prisonnier politique de France
Georges Abdallah : la justice réexamine la libération du plus vieux prisonnier politique de France

Condamné à la perpétuité pour complicité dans les assassinats de deux diplomates à Paris en 1982, Georges Ibrahim Abdallah, 74 ans, voit son dossier de libération une nouvelle fois examiné ce jeudi 19 juin par la cour d’appel de Paris. Détenu depuis plus de quarante ans, le militant propalestinien est libérable depuis 1999, mais son maintien en détention reste prolongé par une bataille juridique et diplomatique hors norme.

Un refus d’indemniser les victimes au cœur du blocage

Début 2024, le tribunal d’application des peines s’était déjà prononcé en faveur de sa libération, à condition d’un départ immédiat vers le Liban, qui s’est dit prêt à l’accueillir. Mais le Parquet national antiterroriste a fait appel, et la cour d’appel a repoussé sa décision, exigeant d’abord que le détenu consente à indemniser les parties civiles — les familles des victimes et les autorités américaines. Depuis sa condamnation, Georges Abdallah a toujours refusé de verser le moindre centime, considérant les assassinats comme des « actes de résistance » liés au contexte de guerre civile libanaise et d’occupation israélienne. La cour avait alors estimé qu’un versement préalable était indispensable pour garantir un geste concret avant un éventuel retour au Liban, où aucune procédure ne permettrait ensuite d’exiger cette indemnisation. L’avocat du détenu, Me Jean-Louis Chalanset, a néanmoins présenté de nouveaux éléments : 16 000 euros sont aujourd’hui disponibles sur le compte de son client en prison, à disposition des parties civiles. Selon lui, la condition posée par la cour est donc désormais remplie.

Un détenu devenu symbole, un dossier éminemment politique

Militant de la Fraction armée révolutionnaire libanaise (FARL), groupe marxiste et propalestinien aujourd’hui dissous, Georges Abdallah a toujours revendiqué ses positions sans renier son passé. La cour a d’ailleurs reconnu l’absence de risque de récidive ou de trouble à l’ordre public, qualifiant l’homme de « symbole passé de la lutte palestinienne ». Pourtant, les États-Unis continuent de s’opposer fermement à sa libération, et leur avocat a récemment évoqué un arrêt de la Cour de cassation susceptible d’influer sur le nouveau verdict. En parallèle, l’État français a entamé des démarches diplomatiques : le ministère de l’Intérieur s’est rapproché de l’ambassade du Liban pour anticiper un éventuel rapatriement. Mardi soir, plusieurs centaines de soutiens se sont rassemblés à Toulouse pour réclamer la libération du prisonnier incarcéré à Lannemezan. Pour ses partisans, il incarne l’injustice d’un système qui, selon eux, « joue la montre » à coups de procédures et de conditions impossibles à satisfaire. La décision de la cour d’appel, qui devrait être mise en délibéré, est attendue dans les prochaines semaines. Elle pourrait clore l’un des feuilletons judiciaires les plus longs et controversés de la Ve République.

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