Féminicides : le manifeste d’une société qui refuse encore de voir
Féminicides : le manifeste d’une société qui refuse encore de voir

Chaque jour, des femmes meurent parce qu’elles sont des femmes. Pas dans l’anonymat du hasard, mais dans la répétition froide d’un système. Un système qui tolère, minimise, excuse, puis pleure. Il ne s’agit pas de faits divers. Il s’agit d’un phénomène structurel, massif, documenté. Et pourtant encore trop souvent relégué à la marge.

Dans le monde, plus de 80 000 femmes et filles sont tuées chaque année de manière intentionnelle. Parmi elles, près de 60 % le sont par un partenaire ou un membre de leur famille. Cela signifie qu’en moyenne, une femme est tuée toutes les dix minutes.

Un crime systémique, pas une série de drames isolés

Ces chiffres ne sont pas des accidents statistiques. Ils révèlent une réalité brutale : la violence contre les femmes est enracinée dans les rapports de pouvoir. L’ONU estime qu’une femme sur trois dans le monde a déjà subi des violences physiques ou sexuelles. Ce continuum de violence ne commence pas avec le meurtre, il y mène.

Le féminicide est l’aboutissement d’une escalade. Harcèlement, contrôle, menaces, coups. Puis silence. Puis mort. Et trop souvent, les signaux d’alerte sont connus, signalés, ignorés. Le crime n’est pas imprévisible. Il est annoncé.

En France, une réalité persistante et documentée

La France n’échappe pas à cette mécanique. En 2024, 107 femmes ont été tuées par leur conjoint ou ex-conjoint. Au total, 1 283 femmes ont été victimes de féminicides ou de tentatives au sein du couple. Ces chiffres officiels sont souvent considérés comme une estimation minimale.

Les associations dressent un constat encore plus alarmant. En 2025, près d’une centaine de féminicides conjugaux ont été recensés. Et derrière chaque chiffre, une histoire, des proches, des enfants, des vies brisées.

Un échec collectif des institutions et de la société

Ce n’est pas seulement une tragédie individuelle. C’est un échec collectif. Police, justice, services sociaux, entourage : les défaillances s’accumulent. Trop de femmes avaient porté plainte. Trop de femmes avaient alerté. Trop de femmes n’ont pas été protégées.

Le manque de moyens, la lenteur des procédures, la banalisation des violences conjugales contribuent à cette spirale. Seules 19 % des femmes victimes de violences au sein du couple déposent plainte. La majorité reste invisible, silencieuse, exposée.

Le poids d’une culture qui banalise la violence

Mais le problème dépasse les institutions. Il est culturel. Il est social. Il est politique. Il se niche dans les discours, dans les stéréotypes, dans les justifications implicites. Combien de fois entend-on encore parler de « drame passionnel » ?

Nommer, c’est déjà agir. Ce ne sont pas des crimes passionnels. Ce sont des féminicides. Des crimes de domination, de contrôle, de possession. Tant que les mots seront édulcorés, la réalité restera minimisée.

Des progrès trop lents face à une urgence absolue

Malgré les lois, les plans, les annonces, les progrès restent insuffisants. Les Nations unies dénoncent l’absence de véritable avancée dans la lutte contre les féminicides à l’échelle mondiale. Le phénomène ne recule pas significativement.

Pire encore, certaines tendances repartent à la hausse. En France, les organisations alertent sur une augmentation récente des féminicides après plusieurs années de baisse. Le signal est clair : rien n’est acquis.

Ce que nous refusons désormais

Nous refusons l’indifférence. Nous refusons l’habitude. Nous refusons que ces crimes deviennent une statistique parmi d’autres. Chaque féminicide est évitable. Chaque féminicide est une défaillance.

Nous refusons aussi que la responsabilité soit déplacée vers les victimes. Leur comportement, leur tenue, leur choix de vie ne sont pas des causes. La seule cause, c’est la violence des agresseurs et le système qui la permet.

Ce qu’il faut changer, maintenant

Il faut agir en amont. Former systématiquement les forces de l’ordre. Accélérer les procédures judiciaires. Protéger immédiatement les victimes dès la première alerte. Généraliser les dispositifs de téléphones grave danger, de bracelets anti-rapprochement.

Il faut aussi investir massivement dans la prévention, l’éducation, la sensibilisation. Apprendre dès le plus jeune âge l’égalité, le consentement, le respect. Car la lutte contre les féminicides commence bien avant le passage à l’acte.

Un combat de société, pas une cause marginale

La lutte contre les féminicides n’est pas une cause sectorielle. C’est un enjeu démocratique majeur. Une société qui ne protège pas ses femmes est une société qui échoue à protéger ses citoyens.

Il ne s’agit pas seulement de justice. Il s’agit de dignité. Il s’agit d’égalité réelle. Il s’agit de vie ou de mort.

Plus jamais ça ne doit être une promesse vide

Les marches, les slogans, les indignations ne suffisent plus. Il faut des actes, des moyens, des résultats. Chaque féminicide doit être considéré comme un échec de l’État et de la société tout entière.

Ce manifeste n’est pas un texte de plus. C’est un refus. Un refus que cela continue. Un refus que l’on s’habitue. Un refus que l’on détourne le regard. Parce que derrière chaque chiffre, il y a une vie. Et aucune vie ne devrait se terminer ainsi.

Partager

Communauté

Commentaires

Les commentaires sont ouverts, mais protégés contre le spam. Les premiers messages et les commentaires contenant des liens passent par une validation manuelle.

Soyez le premier à commenter cet article.

Réagir à cet article

Les commentaires sont modérés. Les messages promotionnels, les envois automatiques et les liens abusifs sont bloqués.

Votre premier commentaire, ou tout message contenant un lien, peut être placé en attente de validation.