NEW YORK — Kaja Sokola, ancienne mannequin et l’une des trois femmes accusant Harvey Weinstein dans son nouveau procès pour crimes sexuels, a dénoncé mercredi avec émotion les tentatives de la défense de discréditer son témoignage, affirmant que les abus présumés subis à l’adolescence avaient bouleversé sa vie.
« Vous devriez avoir honte de vous », a-t-elle lancé à Mike Cibella, l’un des avocats de Weinstein, à l’issue de son cinquième jour à la barre. Ce dernier venait de suggérer que les accusations de Sokola étaient motivées par l’argent, évoquant les 3,5 millions de dollars qu’elle avait reçus dans le cadre d’un règlement civil. « Ce n’est pas juste. Ce n’est pas vrai », a-t-elle répondu d’une voix posée.
Sokola affirme que Weinstein, aujourd’hui âgé de 73 ans, a abusé d’elle sexuellement lorsqu’elle avait 16 ans, en 2002, après lui avoir proposé de l’aider dans sa carrière d’actrice. L’accusation porte en particulier sur un épisode survenu quand elle avait 19 ans, au cours duquel le producteur aurait forcé une fellation. Weinstein a plaidé non coupable pour toutes les accusations, soutenant que les rapports étaient consensuels et motivés par des ambitions professionnelles de ses accusatrices.
La défense a cherché à fragiliser le récit de Sokola en évoquant ses démarches passées pour obtenir de l’aide professionnelle de Weinstein, ses motivations pour témoigner, et des éléments tirés d’un journal intime qu’elle avait rédigé dans le cadre d’un programme de lutte contre l’alcoolisme en Pologne. Ce carnet, vieux de dix ans, a été obtenu par la sœur de la témoin, selon la défense.
Dans ce journal, elle évoquait deux agressions sexuelles par d’autres hommes mais ne mentionnait pas celle de Weinstein, se contentant de noter qu’il lui avait promis de l’aider mais n’avait rien fait. Sokola a expliqué qu’elle n’était pas encore prête à affronter ce traumatisme à l’époque, d’autant que sa marraine dans ce programme connaissait Weinstein et évoluait dans le milieu du cinéma.
« J’ai été très choquée et me suis sentie violée » en découvrant l’utilisation de ce carnet, a déclaré Sokola, désormais psychothérapeute, les larmes aux yeux. Elle a précisé qu’elle n’avait jamais donné son accord pour que ce document soit partagé.
Sokola est la seule des trois accusatrices du procès actuel à ne pas avoir témoigné lors du premier procès en 2020, qui avait conduit à une condamnation historique dans le sillage du mouvement #MeToo. Cette condamnation a toutefois été annulée en appel, ouvrant la voie à un nouveau procès. Deux autres femmes, Miriam Haley et Jessica Mann, ont ou doivent témoigner prochainement. Haley a déjà affirmé que Weinstein lui avait imposé une fellation en 2006, tandis que Mann l’accuse de viol en 2013.
Les trois femmes ont accepté d’être identifiées publiquement, ce que ne fait l’Associated Press que lorsque les victimes présumées donnent leur consentement.