Deux ans après la nuit tragique où Thomas a été tué d’un coup de couteau en plein cœur, l’affaire revient au premier plan judiciaire, mais pas sur les lieux du drame. Ce lundi s’ouvre à Valence une reconstitution inédite qui doit durer deux semaines. Dans la salle d’assises du tribunal, transformée en espace clos, les juges d’instruction ont choisi une technologie inhabituelle : une reconstitution virtuelle en 3D. L’option de Crépol, le village drômois où l’adolescent a perdu la vie à la sortie d’un bal rassemblant plus de 400 participants en novembre 2023, a été écartée. Trop risqué, trop sensible, trop lourd à sécuriser. À la place, une société spécialisée a numérisé chaque recoin de la salle des fêtes, ainsi que les objets jugés pertinents pour comprendre la soirée. Même les véhicules identifiés dans le dossier ont été modélisés. Résultat, les juges et enquêteurs disposeront de séquences animées permettant de replacer chaque suspect à l’endroit qu’il revendique.
Un outil moderne pour un dossier enlisé
Les juges veulent ainsi confronter les douze mis en examen, dont neuf sont détenus, aux incohérences de leurs déclarations. Les vidéos permettront de multiplier les angles de vue, d’ajuster la luminosité pour coller à la nuit des faits et de recréer l’ambiance du bal. Le procureur de Valence, Laurent de Caigny, y voit une avancée par rapport aux traditionnels albums photos qui figent une reconstitution classique. Il souligne qu’il est désormais possible de tourner autour d’un témoin ou d’un suspect à 360 degrés, et donc de visualiser ce que chacun a réellement pu voir ou non. Pour les parents de Thomas, cette étape reste insupportable. Ils ont renoncé à assister aux audiences, laissant leur avocat porter leur voix. Le temps n’a pas atténué la douleur, seulement renforcé l’attente de vérité. Pourtant, beaucoup doutent qu’un tel dispositif suffise à désigner celui qui a porté le coup fatal. Les avocats des parties civiles redoutent que chacun campe sur sa version, comme souvent lors de ce type d’exercice.
Des responsabilités encore floues
Les défenseurs, eux, dénoncent un dossier trop large, où tous leurs clients sont mis en cause pour meurtre ou tentative de meurtre en bande organisée. Ils réclament que cette reconstitution serve enfin à individualiser les responsabilités, afin que ceux qui n’ont pas porté d’armes soient écartés de l’affaire. Selon eux, ce n’est pas parce qu’on était présent au bal que l’on doit être assimilé à un assassin. La justice, elle, avance prudemment. Les juges d’instruction décideront à l’issue de ce travail qui devra être renvoyé devant une cour d’assises. Traditionnellement, une reconstitution précède de peu la clôture de l’enquête. Mais dans cette affaire sensible, qui a suscité la venue de militants d’ultradroite à Romans-sur-Isère et attisé les tensions locales, rien ne garantit que la technologie, aussi moderne soit-elle, suffira à combler les zones d’ombre. Une certitude demeure : la mort de Thomas continue de hanter Crépol, et la vérité judiciaire reste à écrire.