Après un mois de janvier dominé par des ajustements haussiers, le marché du crédit immobilier aborde février sur un tempo plus mesuré. Les barèmes se figent dans la majorité des réseaux bancaires, tandis que quelques acteurs enclenchent même un mouvement de repli. Une inflexion discrète mais significative, qui s’inscrit dans un contexte de concurrence accrue entre établissements et de détente progressive des taux d’emprunt d’État. Pour les porteurs de projets immobiliers, la fenêtre reste favorable, y compris pour les investisseurs, désormais soutenus par le nouveau dispositif fiscal Jeanbrun, définitivement entériné dans le budget 2026.
Dans les faits, la photographie de février tranche avec celle du début d’année. Si certaines banques régionales ont procédé à de légères hausses, limitées à 0,10 point, la majorité a choisi de stabiliser ses conditions après les ajustements de janvier. Surtout, deux grandes banques nationales ont surpris le marché en annonçant des baisses de taux, de 0,10 et jusqu’à 0,25 point selon les profils. Une stratégie assumée de conquête, alors que le taux de l’OAT à dix ans a reculé de 3,6 % début janvier à environ 3,45 % début février, son niveau le plus bas depuis l’automne.
Des banques déjà en ordre de bataille pour le printemps
Cette accalmie tarifaire n’a rien d’un hasard. Les établissements les plus offensifs répercutent déjà la détente des marchés obligataires, cherchant à capter une clientèle redevenue active. L’analyse est claire, les banques anticipent la période stratégique du printemps, traditionnellement décisive pour atteindre leurs objectifs de production du premier semestre. Les taux moyens observés en février se maintiennent ainsi autour de 3,20 % sur 15 ans, 3,40 % sur 20 ans et 3,60 % sur 25 ans. Pour les meilleurs dossiers, des conditions plus attractives restent accessibles, avec des niveaux proches de 2,8 % sur 15 ans et autour de 3 % sur les durées longues.
Cette relative stabilité n’a pas freiné l’activité en début d’année. Malgré un climat politique et budgétaire encore incertain, la demande de crédit s’est maintenue à un niveau élevé. Les projets d’acquisition de résidence principale, qu’ils émanent de primo ou de secundo-accédants, continuent d’avancer, portés par la volonté de sécuriser des conditions d’emprunt jugées favorables avant une éventuelle remontée au second semestre. Les indicateurs internes des courtiers confirment cette dynamique, avec une hausse marquée des mandats de recherche de financement et des volumes de crédits accordés par rapport aux deux années précédentes. La reprise amorcée en 2025 semble ainsi s’installer durablement en 2026.
Le dispositif Jeanbrun redonne des perspectives aux investisseurs
Dans ce paysage en recomposition, l’investissement locatif retrouve progressivement une place dans les stratégies bancaires. Le nouveau dispositif Jeanbrun, applicable sur l’ensemble du territoire, constitue un signal jugé positif pour un segment fortement contracté ces dernières années. Contrairement aux mécanismes précédents, il ne repose pas sur une réduction d’impôt directe mais sur une optimisation du revenu imposable, via l’amortissement fiscal du bien et la déductibilité intégrale des charges et des intérêts d’emprunt. En cas de déficit foncier, une imputation jusqu’à 10 700 euros sur le revenu global reste possible.
Si la rentabilité demeure un enjeu central, en raison des loyers plafonnés et du niveau de travaux exigé dans l’ancien, les banques continuent de financer ces projets, sous conditions strictes de solvabilité. Après une chute du poids des investisseurs parmi les emprunteurs ces dernières années, le dispositif Jeanbrun pourrait contribuer à inverser la tendance. Dans un marché où les taux se stabilisent et où la concurrence bancaire s’intensifie, février apparaît ainsi comme un mois charnière, prélude à un printemps immobilier que les établissements semblent déjà déterminés à animer.