Sur l’île de Bréhat, le calme est redevenu un luxe règlementé. Depuis le 28 juillet, la municipalité des Côtes-d’Armor a réactivé son dispositif de régulation estivale : l’accès à l’île est désormais plafonné à 4 700 personnes par jour, entre 8h30 et 14h30. Une mesure devenue récurrente depuis trois ans, en réponse à un surtourisme qui faisait grimper la population insulaire par treize en haute saison.
Moins de foule, plus de sérénité ?
Les visiteurs semblent majoritairement séduits. Réservations anticipées, traversées comptabilisées à l’arrivée, ambiance apaisée : pour nombre de touristes, cette limitation est gage d’une expérience plus agréable. Certains évoquent même la fin du « brouhaha », des piétinements à répétition et des plages bondées. « On profite mieux quand on n’est pas compressés », glisse un vacancier soulagé, billet réservé à l’avance. En coulisses, le comptage s’opère au débarcadère, garantissant un flux maîtrisé. L’objectif affiché : préserver le fragile équilibre de cette île sans voiture, très prisée pour sa flore, son patrimoine et sa tranquillité.
Un revers pour les commerçants
Mais tout le monde ne partage pas l’enthousiasme. Certains professionnels locaux dénoncent une baisse nette de leur chiffre d’affaires depuis la mise en place des quotas. Un gérant parle même d’une chute supérieure à 10 % par an. Après avoir blâmé la météo en 2022, puis les Jeux olympiques en 2024, ils pointent désormais un malentendu persistant sur la portée de la régulation. Beaucoup de visiteurs à la journée, selon eux, auraient renoncé au voyage, croyant à une fermeture ou à une restriction drastique, mal expliquée par la mairie. De son côté, le maire Olivier Carré réfute toute baisse de fréquentation. Il y voit au contraire un effet de lissage : moins de pics, mais une répartition plus harmonieuse des visiteurs, sans engorgement ni saturation. La traversée devient un sésame à réserver, et la municipalité y voit une garantie de qualité pour tous. En vigueur jusqu’au 28 août, le dispositif vise donc à concilier deux impératifs : tourisme maîtrisé et accueil préservé. Mais entre visiteurs ravis et commerçants inquiets, l’île cherche encore le bon dosage entre protection et activité.