Brandt, l’illusion de la renaissance industrielle
Brandt, l’illusion de la renaissance industrielle

La liquidation judiciaire de Brandt, prononcée en décembre 2025, avait laissé entrevoir un mince espoir de redémarrage industriel. Un mois et demi plus tard, l’examen des offres déposées devant le tribunal des activités économiques de Nanterre confirme une réalité plus sombre. Si 36 candidats se sont manifestés, la très grande majorité ne vise ni les usines ni les emplois, mais uniquement les marques, les stocks ou les actifs immobiliers. La perspective d’une relance industrielle structurée apparaît désormais très fragile.

Les candidats avaient jusqu’à la fin janvier pour se positionner sur les actifs de cet ancien fleuron de l’électroménager français, qui employait encore près de 700 salariés avant sa chute. Les propositions reçues dessinent un paysage éclaté, dominé par des stratégies opportunistes de valorisation de marques historiques ou de revente rapide de produits existants, bien loin d’un projet industriel de long terme.

Parmi les acteurs les plus visibles figure Fnac-Darty, qui a déposé une offre de 2,9 millions d’euros portant sur plusieurs marques du groupe ainsi que sur un stock de plus de 170 000 appareils, principalement des hottes et du petit électroménager. Cette proposition s’inscrit clairement dans une logique commerciale et de distribution, sans engagement industriel ni reprise significative de salariés.

Le déstockeur Noz s’est, de son côté, positionné uniquement sur les produits finis

L’enseigne a proposé 4,5 millions d’euros pour racheter d’anciens stocks de Brandt afin de les écouler dans son réseau de magasins. Là encore, il ne s’agit pas de produire, mais de liquider ce qui existe encore. Le cuisiniste Mobalpa, via sa maison mère Fournier, a quant à lui ciblé exclusivement la marque Sauter, avec une offre limitée à 500 000 euros.

L’offre la plus élevée émane de Cafom, distributeur d’équipement de la maison présent notamment dans les outre-mer. Son projet, chiffré à 31 millions d’euros, englobe un large périmètre : actifs immobiliers des sites d’Orléans et de Vendôme, marques emblématiques du groupe ainsi que les stocks. Cette proposition, bien que substantielle financièrement, ne s’accompagne pas à ce stade d’un engagement clair sur la relance industrielle ou la pérennité des chaînes de production en France.

D’autres candidats internationaux, à l’image du fabricant polonais Amica, se sont également positionnés, mais essentiellement sur la valeur des marques Brandt et Sauter, pour un montant de 2,5 millions d’euros. Là encore, l’objectif semble être l’exploitation commerciale de noms connus plutôt que la sauvegarde d’un outil industriel français.

Les rares propositions intégrant une dimension sociale font figure d’exception

L’une d’elles est portée par la communauté d’agglomération de Cergy-Pontoise et la région Île-de-France, via la société Semavo. Cette offre prévoit l’acquisition du site de Saint-Ouen-l’Aumône pour 15 millions d’euros, avec un projet de production locale d’électroménager et la conservation de 85 emplois sur la centaine que comptait le site. Ce scénario reste toutefois isolé et dépendra fortement de la solidité financière et industrielle du montage proposé.

D’autres candidatures, comme celle de la start-up bretonne EverEver, initialement intéressée par le site de Vendôme, se sont révélées symboliques. Son offre de 25 000 euros, très éloignée des besoins réels d’une relance, a renforcé les doutes sur la crédibilité de certains projets.

Face à cette mosaïque d’intentions, l’État observe sans illusion. Ministère de l’Économie et des Finances, via Bercy, a indiqué suivre le dossier de près, conscient que la disparition de Brandt ne se résume pas à la perte d’une marque, mais marque aussi l’effacement progressif d’un savoir-faire industriel. À ce stade, les offres déposées confirment surtout une chose : Brandt suscite encore de l’intérêt, mais davantage comme patrimoine commercial à exploiter que comme usine à faire revivre.

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