Attentat de la rue des Rosiers : vers un procès aux assises pour six suspects, dont Abou Zayed
Attentat de la rue des Rosiers : vers un procès aux assises pour six suspects, dont Abou Zayed

Quarante-trois ans après l’attentat meurtrier perpétré contre le restaurant Jo Goldenberg à Paris, la justice française pourrait enfin organiser un procès. Le parquet national antiterroriste (PNAT) a requis, mercredi 9 juillet, le renvoi devant la cour d’assises spéciale de six personnes, soupçonnées d’avoir participé à cette attaque qui avait fait six morts et vingt-deux blessés, le 9 août 1982. Parmi les suspects figure Walid Abou Zayed, Palestinien naturalisé Norvégien, aujourd’hui âgé de 66 ans. Il est détenu en France depuis fin 2020 et suspecté d’avoir été l’un des tireurs du commando. Le PNAT réclame son jugement pour assassinats et tentatives d’assassinats, sur la base de témoignages d’anciens membres du Fatah-Conseil révolutionnaire et d’éléments des services de renseignement.

Des suspects identifiés mais absents

Aux côtés d’Abou Zayed, cinq autres personnes sont visées par les réquisitions du parquet, dont H. T., mis en examen pour avoir caché des armes à l’époque. Quatre des accusés sont actuellement à l’étranger, localisés en Jordanie, en Cisjordanie et au Koweït, et font l’objet de mandats d’arrêt internationaux. Leur absence laisse présager un procès partiel. Selon les conclusions du PNAT, l’attentat s’inscrit clairement dans une logique de terreur ciblée. Le restaurant visé, situé rue des Rosiers, en plein cœur du quartier juif historique de Paris, était très fréquenté par la communauté juive française et internationale. L’attaque, menée avec une grenade puis des armes automatiques, s’était prolongée en pleine rue, semant la panique.

Un procès attendu et un risque de remise en liberté

Le juge d’instruction antiterroriste doit désormais trancher sur la tenue du procès. S’il suit les réquisitions, une date pourra être fixée dans les prochains mois. Mais la décision doit impérativement être rendue d’ici début août, faute de quoi Abou Zayed pourrait comparaître libre, ce que redoutent les parties civiles. Romain Boulet, avocat de la fille d’une des victimes, a salué une avancée judiciaire attendue depuis des décennies, tout en soulignant l’amertume de voir certains accusés hors d’atteinte. Il estime que la République montre ainsi qu’elle « n’abandonne pas ses victimes », même si le procès qui s’annonce restera incomplet. Depuis l’attentat, plusieurs indices ont été retrouvés, notamment des armes similaires à celles utilisées lors d’autres attaques revendiquées par le même groupe terroriste à Londres, Rome, Athènes et Bruxelles. L’analyse balistique a permis d’établir des concordances entre les munitions récupérées rue des Rosiers et celles saisies ailleurs en Europe. L’attente des familles, marquée par des décennies de lenteurs et de silences, pourrait bientôt se heurter à la réalité judiciaire d’un procès partiel. Mais il s’agirait, malgré tout, d’une étape historique pour l’un des attentats les plus marquants du début des années 1980 en France.

Partager