Alcool vendu aux mineurs : les supermarchés épinglés, l’association Addictions France réclame des sanctions massives
Alcool vendu aux mineurs : les supermarchés épinglés, l’association Addictions France réclame des sanctions massives

Les chiffres sont aussi effarants que récurrents : en 2025, près de 9 supermarchés sur 10 continuent de vendre de l’alcool à des mineurs. C’est le constat dressé par l’association Addictions France après une série de tests menés dans 90 grandes surfaces de l’Ouest (Nantes, Rennes, Angers). Malgré une législation pourtant claire, la vérification de l’âge des acheteurs reste marginale, et les contrôles de l’État quasi inexistants. Face à ce qu’elle qualifie de faillite généralisée du système, l’association réclame désormais des sanctions financières à la hauteur du problème. Les tests, réalisés en avril et mai dernier avec huissier et mineurs volontaires, parlent d’eux-mêmes : seuls 8 % des magasins ont exigé une pièce d’identité. Certaines enseignes — comme Monoprix, Lidl, Carrefour ou Auchan — n’ont opposé aucun refus dans la grande majorité des cas. Seuls deux supermarchés Carrefour sur vingt-cinq ont appliqué la loi. Pire encore : ces ventes ont été réalisées en semaine, à des horaires creux, sans pression particulière liée à l’affluence.

Une loi ignorée, des procédures trop lentes

L’article L.3342-1 du code de la santé publique est pourtant explicite : la vérification de la majorité doit être systématique et ne peut dépendre de l’apparence du client. Or, en 2025, l’accès à l’alcool reste « très aisé » pour les mineurs, déplore Myriam Savy, responsable plaidoyer chez Addictions France. Et ce, en dépit des promesses de l’État et de la signature en 2019 d’une « charte d’engagements responsables » par les principales enseignes. En juillet 2024, la cour d’appel de Pau avait pourtant envoyé un premier signal, confirmant la condamnation de Lidl à 5 000 euros d’amende après un drame : un mineur de 16 ans, qui avait acheté de l’alcool dans un supermarché de la chaîne, s’était tué à scooter après avoir été percuté par un autre adolescent, lui aussi alcoolisé. Mais l’enseigne s’est pourvue en cassation, et la rareté de ces décisions ne suffit pas à modifier les pratiques.

La sévérité, remède aux supermarchés laxistes

Les délais judiciaires, eux, nourrissent l’impunité : les premières audiences concernant les procédures ouvertes en 2023 ne seront plaidées qu’en décembre 2025. Pendant ce temps, la vente illégale continue. Pour casser cette spirale, Addictions France propose un régime de sanctions progressives mais sévères, calqué sur le droit de la concurrence ou de l’environnement : amendes allant jusqu’à 10 % du chiffre d’affaires, retrait de licence après deux récidives, jugements rendus dans un délai maximum de six semaines. L’association appelle aussi à un renforcement immédiat des contrôles aléatoires par l’État. L’exemple suisse, où 65 % des vendeurs ont contrôlé l’âge des acheteurs en 2023, montre que prévention, dissuasion et rigueur judiciaire peuvent fonctionner. En France, l’heure est venue, selon Addictions France, de passer des constats aux sanctions.

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