Affaire des pneus mortels : Goodyear mis en examen en France
Affaire des pneus mortels : Goodyear mis en examen en France

Une décennie de soupçons, plusieurs morts et une enquête qui s’intensifie : le groupe Goodyear est désormais officiellement mis en cause en France. Hier mardi 13 mai, la filiale Goodyear Operations a confirmé avoir été mise en examen dans le cadre d’une information judiciaire ouverte à Besançon. En ligne de mire : des pneumatiques soupçonnés d’avoir causé plusieurs accidents mortels entre 2014 et 2016, en raison d’un défaut de fabrication que l’entreprise aurait volontairement tu. « Goodyear Operations confirme avoir été informée de sa mise en examen (…) et apportera sa pleine coopération dans le cadre de cette instruction », a déclaré une porte-parole de la multinationale. Cette mise en examen intervient alors que le juge d’instruction chargé de l’affaire entend depuis mardi les représentants légaux de la société. L’un pour Goodyear Operations, qui a produit les pneus incriminés depuis le Luxembourg. L’autre, convoqué ce mercredi, pour Goodyear France, responsable de leur commercialisation dans l’Hexagone.

Des pneus défectueux, quatre morts et une stratégie du silence

Les faits reprochés sont lourds : homicides involontaires, tromperie sur les qualités substantielles d’une marchandise, pratiques commerciales trompeuses. En toile de fond, trois collisions mortelles survenues dans la Somme, le Doubs et les Yvelines, entre 2014 et 2016. À chaque fois, un scénario identique : l’éclatement du pneu avant gauche d’un poids lourd, perte de contrôle du véhicule, accident fatal. Quatre personnes y ont perdu la vie. Sept autres accidents similaires, survenus entre 2011 et 2014, ont également été versés au dossier à titre informatif. Mais ils sont désormais prescrits. Sophie Rollet, veuve d’un chauffeur décédé sur l’A36 en 2014, est à l’origine de la plainte qui a déclenché l’enquête. Déterminée à comprendre, elle mène sa propre contre-enquête, recense les cas, repère une récurrence. L’enquête judiciaire lui donnera raison. Selon plusieurs expertises techniques, les pneus concernés – les modèles Marathon LHS II et LHS II+ – présentaient bien un défaut de fabrication. Et ce défaut ne serait pas resté inconnu de leur fabricant.

Une dissimulation organisée ?

C’est là que le dossier s’alourdit. Goodyear aurait eu connaissance de ces anomalies dès 2013. Plutôt que de déclencher un rappel massif, le groupe aurait préféré des « programmes volontaires d’échange » discrets, qui lui auraient permis de récupérer environ la moitié des pneus incriminés. Une stratégie d’atténuation des risques plus que de reconnaissance, selon les termes du parquet. Certains de ces pneus sont d’ailleurs toujours en circulation sur des sites de vente d’occasion, en particulier en Europe de l’Est. En mai 2024, des perquisitions ont été menées au siège français de Goodyear, mais aussi au Luxembourg et à Bruxelles. L’enquête est désormais entre les mains du juge Monnier. Si les faits sont reconnus, la multinationale encourt une amende équivalente à 10 % de son chiffre d’affaires mondial, soit plusieurs milliards d’euros. Pour Me Philippe Courtois, avocat de Sophie Rollet, les mises en examen attendues constitueraient un « signal fort », et la reconnaissance officielle d’années de « silence organisé » et de « drames évitables ».

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