C’est un rendez-vous scientifique capital qui s’ouvre ce lundi 1er décembre en France : près de 600 experts du Groupe d’experts intergouvernemental sur l’évolution du climat (Giec) sont réunis à la Tour Pleyel de Saint-Denis pour entamer les travaux du prochain rapport mondial sur le climat. Une session inédite par son format, tous les auteurs principaux réunis physiquement au même endroit, mais aussi par son contexte, marqué par une montée des tensions autour du consensus climatique international. Ce rassemblement de cinq jours, ouvert par la ministre de la Transition écologique Monique Barbut, intervient alors que les divisions diplomatiques s’accentuent. Les débats scientifiques n’ont jamais été aussi pressants, tandis que l’adhésion politique à leurs conclusions vacille. Lors du dernier sommet de l’ONU, le président américain Donald Trump a qualifié le changement climatique de « supercherie », accusant les scientifiques de manipulation à grande échelle. Des déclarations qui tranchent radicalement avec l’urgence martelée par les climatologues.
Un seuil critique déjà dépassé ?
Le dernier rapport complet du Giec, publié en mars 2023, affirmait que la planète était en passe de franchir, au début des années 2030, le seuil critique de +1,5 °C par rapport à l’ère préindustrielle. Ce niveau de réchauffement est considéré comme une limite à ne pas dépasser pour éviter des effets irréversibles sur les écosystèmes, la biodiversité et les sociétés humaines. Moins de trois ans plus tard, les observations laissent penser que ce cap pourrait être atteint, voire dépassé, avant même la fin de la décennie. C’est dans ce contexte alarmant que les chercheurs se retrouvent en France pour enclencher un nouveau cycle de production scientifique, destiné à actualiser les données, consolider les modèles climatiques et proposer des trajectoires réalistes d’atténuation. Le format choisi, une réunion en présentiel de l’ensemble des auteurs, vise à accélérer les échanges, harmoniser les approches et renforcer la cohérence du futur rapport. Mais il s’agit aussi d’un signal politique, dans un moment où la légitimité même de la science climatique est mise à mal.
Un consensus scientifique sous veto politique
Le fonctionnement du Giec repose sur un équilibre subtil : le rapport scientifique est validé ligne par ligne par les représentants de chaque État membre. Un climatologue du Groupe, Robert Vautard, rappelle que « si un pays s’oppose à une formulation, celle-ci ne peut être adoptée ». Ce droit de veto, utilisé avec parcimonie jusqu’ici, est désormais source de crispation. Car les lignes de fracture se creusent : alors que de nombreux pays plaident pour une action rapide et contraignante, d’autres remettent en cause la base même des conclusions scientifiques. Cette tension croissante rend la mission du Giec plus cruciale et plus délicate que jamais. Ses rapports demeurent la colonne vertébrale des politiques climatiques mondiales, depuis les engagements de l’accord de Paris jusqu’aux feuilles de route nationales. Pourtant, dans une époque où les discours climatosceptiques regagnent du terrain, les scientifiques doivent désormais convaincre au-delà de la rigueur des chiffres. Le défi est double : affiner le diagnostic du dérèglement en cours, tout en défendant la place de la vérité scientifique dans le débat mondial. La session de Saint-Denis, sous haute attention, ne vise pas à produire des conclusions immédiates. Elle amorce un cycle de travail qui s’étendra sur plusieurs années. Mais dès maintenant, une chose est certaine : les enjeux n’ont jamais été aussi élevés, ni l’urgence aussi palpable. Le climat, au sens propre comme au figuré, impose une clarification nette : science ou obscurantisme, action ou renoncement. Le prochain rapport du Giec ne tranchera pas seul, mais il en posera les fondations.