L’affaire aurait pu passer pour une simple erreur de recrutement. Elle s’est finalement transformée en condamnation pénale. À Dunkerque, la justice a sanctionné un cadre territorial de 44 ans pour avoir bâti sa carrière administrative sur un CV largement inventé. L’homme, originaire de Marseille, a été condamné à huit mois de prison avec sursis pour faux et usage de faux, après avoir trompé plusieurs collectivités locales en se présentant comme un haut fonctionnaire surdiplômé. Son profil, tel qu’il avait été présenté lors de son recrutement en 2023, laissait peu de place au doute. Doctorat en droit public, masters spécialisés, expertise pointue des collectivités territoriales, le parcours semblait calibré pour les plus hauts postes administratifs. C’est ainsi qu’il avait été recruté comme directeur général des services de Téteghem-Coudekerque-Village, une commune du Nord. Sur la foi de ces diplômes et de cette expérience supposée, il avait bénéficié d’une reprise d’ancienneté avantageuse et d’une rémunération positionnée au sommet de la grille. Très vite pourtant, le vernis a craqué. En interne, les agents municipaux ont alerté leur hiérarchie. Courriers approximatifs, erreurs juridiques manifestes, dossiers laissés sans suivi, les signaux d’alerte se sont accumulés en quelques mois. Les élus ont fini par diligenter des vérifications, notamment auprès de l’université d’Aix-Marseille, qui a confirmé que l’intéressé n’avait jamais obtenu ni doctorat ni master 2, mais seulement une ancienne maîtrise en droit. Moins d’un an après son arrivée, il a été révoqué pour faute grave, et la commune a saisi la justice.
Un système bâti sur la falsification
L’enquête judiciaire a mis en lumière un mécanisme plus large qu’un simple CV enjolivé. Le prévenu a reconnu avoir fabriqué de fausses fiches de paie, au nom de la mairie, avant même son entrée en fonctions. Ces documents lui auraient permis d’obtenir un véhicule en leasing, renforçant artificiellement sa crédibilité professionnelle. Pour la commune de Téteghem-Coudekerque-Village, le préjudice financier a été évalué à près de 19 000 euros, correspondant aux salaires et indemnités indûment perçus. Devant le tribunal, le dossier a pris une dimension plus embarrassante pour les collectivités concernées. Comment un tel niveau de responsabilité a-t-il pu être confié sans vérification approfondie des diplômes et du parcours professionnel ? La question, en filigrane, dépasse le seul cas individuel et interroge les procédures de recrutement dans certaines administrations locales, parfois pressées de pourvoir des postes stratégiques.
Une récidive administrative dans le sud
L’affaire ne s’arrête pas aux frontières du Nord. Après son éviction, le même homme est parvenu à se faire recruter en octobre 2024 comme directeur général des services à Golfech, en Tarn-et-Garonne. Le CV présenté était identique, les diplômes toujours aussi flatteurs, et les contrôles, là encore, insuffisants. L’expérience a tourné court. Son inadaptation au poste a rapidement été constatée, et il a été licencié en septembre 2025. Une plainte a également été déposée par cette seconde commune. Plus troublant encore, l’homme avait occupé auparavant un poste de directeur adjoint au service des relations internationales du conseil départemental des Bouches-du-Rhône, entre 2021 et 2023. Dans ce cadre, l’absence de diplômes avancés ne semblait pas avoir posé difficulté, ce qui alimente aujourd’hui les interrogations sur la rigueur des recrutements publics. Le jugement de Dunkerque vient acter la chute d’un parcours bâti sur la falsification. Il rappelle surtout que, dans la fonction publique comme ailleurs, le prestige des titres ne saurait remplacer les contrôles élémentaires, sous peine de transformer la confiance institutionnelle en faille systémique.