Téléfilm sur Oradour-sur-Glane : vives inquiétudes autour du projet avec Matt Pokora
Téléfilm sur Oradour-sur-Glane : vives inquiétudes autour du projet avec Matt Pokora

TF1 prépare une fiction inspirée du massacre d’Oradour-sur-Glane, avec Matt Pokora dans le rôle principal. Mais l’annonce du projet suscite la colère des institutions locales, qui dénoncent un manque de consultation et redoutent des approximations historiques.

Un sujet sensible, une réception glaciale

La fiction Oradour, ne m’oublie pas, en cours de tournage en Belgique, n’est pas encore diffusée qu’elle provoque déjà une polémique. Le téléfilm, porté par TF1 et le chanteur-comédien Matt Pokora, s’inspire du massacre du 10 juin 1944 à Oradour-sur-Glane, où 643 habitants – dont 242 enfants – ont été tués par la division SS Das Reich. Selon les informations de France 3, Pokora y incarne un officier des Forces françaises libres parachuté près du village cinq jours avant la tuerie. L’intrigue mêle fiction romanesque et récit historique.

Mais cette orientation narrative suscite de « vives inquiétudes » chez plusieurs institutions locales : la mairie d’Oradour-sur-Glane, le Centre de la mémoire, le département de la Haute-Vienne et l’Association nationale des familles des martyrs d’Oradour (ANFMOG) ont publié un communiqué commun vendredi dernier, dénonçant leur absence totale de consultation. Le président de l’ANFMOG, Benoît Sadry, a confié à France 3 qu’il ne remettait pas en cause le recours à la fiction, mais qu’il était préoccupé par une possible altération de la vérité historique : « Le 10 juin 1944, il n’y avait aucun réseau de résistance à Oradour. Faire croire le contraire brouille la compréhension. »

TF1 interpellée, le ministère de la Culture saisi

Le cœur du débat porte sur la rigueur historique du projet. Les associations reprochent aux producteurs de ne pas s’être appuyés sur des historiens ou spécialistes de la mémoire pour concevoir le scénario. « Une reconstitution approximative, même partielle, peut compromettre le travail de mémoire mené depuis des décennies », alertent-elles. Une démarche officielle auprès de TF1 et du ministère de la Culture est en cours, pour exiger la plus grande vigilance.

De son côté, TF1 n’a pour l’instant pas répondu publiquement aux critiques. Le projet est pourtant personnel pour Matt Pokora, qui dit avoir été profondément marqué par un documentaire sur Oradour. L’artiste avait rencontré Robert Hébras, dernier survivant du massacre, avant sa disparition en 2023, et avait partagé leur échange sur Instagram. Il souhaite faire connaître « cette histoire tragique, en partie oubliée ».

Mais pour les gardiens de la mémoire, le respect scrupuleux des faits ne peut être sacrifié à la fiction. Le tournage, qui n’a pas lieu sur le site classé d’Oradour, continue malgré la controverse. Aucune date de diffusion n’a encore été annoncée.

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