Les percées futures seront réalisées grâce à la pensée multiple intelligente
Les percées futures seront réalisées grâce à la pensée multiple intelligente

Les discussions dans les médias, les publications commerciales et les revues scientifiques sur l’alliance entre l’intelligence humaine et l’intelligence artificielle se multiplient. Il est clair que cette convergence entraîne déjà des découvertes fascinantes dans divers domaines, comme l’a souligné Noubar Afeyan (*).

L’intelligence de la nature : une adaptation continue

Cependant, un troisième type d’intelligence, tout aussi crucial, est souvent omis : l’intelligence de la nature. L’idée que la nature elle-même possède des caractéristiques similaires à ce que nous définissons comme intelligence n’est pas nouvelle. En réalité, la nature est capable d’apprendre, de coder cet apprentissage dans de nouveaux modèles plus efficaces et de s’adapter en permanence.

La nature a inspiré Léonard de Vinci

Léonard de Vinci l’a parfaitement compris. La nature était pour lui à la fois un professeur et une source d’inspiration. Il observait attentivement tout : l’eau, la terre, les plantes, les oiseaux. La capacité à percevoir les systèmes cachés, les forces et les lois invisibles régissant tout, de la mécanique du corps humain aux mouvements des objets dans l’air, faisait partie de son génie global.

Aujourd’hui, nous nous inspirons de la sagesse de de Vinci en étudiant la communication chimique complexe des plantes, l’intelligence des colonies d’insectes ou les motifs des chants des baleines. Peu à peu, nous prenons conscience, avec humilité, que la nature possède une intelligence bien plus grande que ce que nous avions imaginé.

Cependant, ce qui captivait le plus de Vinci, c’était les connexions entre ces systèmes, et au-delà des disciplines. En étudiant le corps humain, en concevant des machines ou en créant des œuvres artistiques, il agissait de manière holistique, utilisant son savoir croissant pour produire des œuvres dépassant la somme de leurs parties.

L’intégration de l’intelligence naturelle, humaine et mécanique

Aujourd’hui, cette approche innovante n’a jamais été aussi pertinente et prometteuse. L’intégration de l’intelligence naturelle, humaine et mécanique – que j’appelle « intelligence multiple » (polyintelligence) – offre des solutions aux problèmes mondiaux les plus complexes.

En réalité, ce cadre intégré a déjà commencé à transformer la biotechnologie. Qu’il s’agisse de développer des médicaments ou d’explorer la biologie synthétique, l’intelligence multiple a permis des percées que aucune forme d’intelligence seule, même la convergence de deux, n’aurait pu accomplir.

Recherche sur le génome et les protéines

Prenons l’exemple du projet du génome humain, qui a permis de cartographier l’ADN humain en 2003. Après plus de vingt ans, cette collaboration entre la nature, l’intelligence humaine et l’intelligence artificielle continue à produire des résultats comme de nouvelles séquences d’ADN et d’ARN messager, ouvrant ainsi la voie à des médicaments révolutionnaires.

Ou regardons comment les scientifiques utilisent l’intelligence multiple pour « apprendre le langage » des protéines, afin de concevoir de nouvelles protéines aux fonctions thérapeutiques inédites. À l’instar de la langue et de la grammaire qui définissent un langage parlé, l’intelligence artificielle analyse de vastes quantités de données protéiques pour découvrir les « règles » qui régissent leur structure et leur fonction. Cette compréhension permet de créer de nouvelles protéines, dépassant ainsi les limites naturelles et offrant des traitements novateurs pour des maladies complexes.

Études sur le climat et l’agriculture

Au-delà de la biomedicine, l’intelligence multiple aura un impact considérable sur d’autres domaines, notamment pour atténuer les effets du changement climatique, augmenter durablement les rendements agricoles, et résoudre d’autres défis mondiaux.

Ce n’est pas une simple hypothèse. L’intelligence naturelle, renforcée par l’intelligence artificielle, est déjà utilisée pour accélérer l’évolution de cultures comme le maïs, le blé et le soja, afin qu’elles puissent prospérer dans un environnement plus chaud et plus sec.

L’intelligence multiple pour la durabilité

Il est évident que le potentiel de l’intelligence multiple dépasse largement celui de l’intelligence artificielle seule. Il est donc essentiel que nous gérions cette transformation avec sagesse. Les décisions prises aujourd’hui en matière de gouvernance, d’éthique et de biais vis-à-vis de l’intelligence artificielle doivent être orientées vers l’objectif de promouvoir l’intelligence multiple.

Pour exploiter pleinement son potentiel, nous devons encourager la collaboration interdisciplinaire, en renforçant la recherche commune et en intégrant des expertises variées. En réunissant décideurs, scientifiques, industriels et enseignants, nous pourrons unir nos forces pour résoudre les défis mondiaux les plus pressants.

De la planification de la résilience urbaine à la préservation de la biodiversité, en passant par l’amélioration de la production et de la distribution d’énergie, l’intelligence multiple peut favoriser des solutions durables de grande envergure.

Le verdict final revient à l’intelligence multiple

Enfin, et surtout, l’intelligence multiple demandera également un changement dans la manière de concevoir l’intelligence humaine. Nous devons arrêter de nous considérer comme l’arbitre ultime de ce qui est juste ou intelligent. Qu’il s’agisse des mécanismes complexes de lutte contre les maladies ou de récentes découvertes sur la capacité stratégique des chevaux, il nous faut faire preuve d’humilité – à l’instar de Vinci, qui a reconnu que beaucoup de phénomènes naturels échappaient à notre compréhension.

Notre savoir a toujours été, et sera toujours, incomplet. Mais il s’élargit de manière spectaculaire, redéfinissant ainsi la nature même de la découverte.

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