Le retour d’astronautes vers la Lune devra encore attendre. Alors que la Nasa visait un décollage début mars pour Artemis II, premier vol habité au-delà de l’orbite terrestre depuis Apollo 17 en 1972, un incident technique vient de contraindre l’agence à revoir son calendrier. La mission est désormais repoussée, au mieux, à avril 2026.
Le contretemps tient à un élément aussi discret qu’indispensable, l’hélium. Les équipes ont constaté une interruption du flux de ce gaz au niveau de l’étage cryogénique intermédiaire du lanceur SLS. L’hélium sert notamment à la pressurisation des réservoirs d’hydrogène et d’oxygène liquides. Sans lui, impossible de garantir la stabilité et la sécurité du système de propulsion.
Conséquence immédiate, la fusée doit être ramenée du pas de tir 39B au Vehicle Assembly Building du Kennedy Space Center. Ce transfert, sur près de sept kilomètres, marque l’abandon définitif de la fenêtre de tir de mars.
Un système qui avait pourtant fonctionné lors des répétitions
L’incident intervient après deux répétitions générales dites wet dress rehearsals. Lors du premier essai début février, une fuite d’hydrogène liquide avait interrompu les opérations. Des joints avaient été remplacés et certains paramètres ajustés. Le second test, mené le 19 février, s’était déroulé sans anomalie majeure.
La panne d’hélium est apparue dans la nuit suivante, lors d’une opération de repressurisation de routine. Le système, qui avait jusque-là répondu aux attentes, s’est subitement montré défaillant. Ce caractère intermittent complique le diagnostic et alimente l’incertitude sur la durée des réparations.
L’administrateur de la Nasa a confirmé que les ingénieurs devront examiner l’ensemble du circuit avant toute nouvelle tentative. Un éventuel troisième test complet pourrait être nécessaire, ce qui allongerait encore les délais.
Un calendrier déjà fragilisé
La Nasa dispose théoriquement de plusieurs créneaux de tir en avril, mais aucun n’est garanti. Entre l’analyse de la panne, les réparations et la validation finale des systèmes, le calendrier reste serré.
Artemis II accumule les reports depuis plusieurs mois. Initialement prévue pour fin 2024, la mission avait déjà été décalée à la suite d’investigations sur le bouclier thermique de la capsule Orion après Artemis I, ainsi que d’ajustements sur le système de support de vie.
L’équipage, composé de Reid Wiseman, Victor Glover, Christina Koch et Jeremy Hansen, attend depuis plus de deux ans de s’élancer autour de la Lune. Cette mission doit marquer une étape majeure du programme Artemis, prélude à un retour d’astronautes sur le sol lunaire. Un simple problème de flux d’hélium, invisible pour le grand public, suffit ainsi à immobiliser une fusée de plusieurs milliards de dollars. Dans l’exploration spatiale, la moindre défaillance peut retarder des ambitions planétaires.