NEW YORK — Le procès de Sean « Diddy » Combs s’est ouvert lundi à New York sur un contraste saisissant entre l’image publique du magnat du hip-hop et les accusations graves qui pèsent sur lui. Selon l’accusation, la figure adulée du show-business aurait, pendant deux décennies, orchestré un réseau de coercition sexuelle impliquant violences, drogues et chantage. La défense, elle, reconnaît certains débordements, mais affirme qu’aucun crime fédéral n’a été commis.
Dans sa déclaration d’ouverture, la procureure fédérale Emily Johnson a dressé le portrait d’un homme manipulateur et violent, dissimulant sous ses succès artistiques et commerciaux une conduite marquée par les agressions, le trafic sexuel, l’intimidation et la corruption. Selon elle, Combs aurait mis en place un système élaboré de « soirées sexuelles » — appelées « freak offs » ou « nuits royales » — lors desquelles des femmes, droguées, étaient contraintes à des actes sexuels avec des escortes masculins, le tout filmé par l’artiste.
Face à ces accusations, l’avocate de Combs, Teny Geragos, a concédé que son client avait un comportement « parfois jaloux, colérique et violent », notamment sous l’effet de l’alcool ou de drogues, mais a insisté : « Ce procès n’a rien à voir avec du trafic sexuel. » Elle a qualifié l’affaire de tentative de transformer « une vie amoureuse dysfonctionnelle » en réseau criminel. « Sean Combs n’est pas jugé pour être un salaud, mais pour des chefs d’accusation très spécifiques », a-t-elle lancé au jury.
Parmi les témoins-clés figure l’ex-compagne de Combs, la chanteuse Cassie (de son vrai nom Casandra Ventura), qui a déjà poursuivi l’artiste en justice en 2023 pour violences sexuelles et physiques. L’affaire avait été réglée à l’amiable en quelques heures, mais elle a déclenché une série d’autres plaintes. Cassie devrait témoigner cette semaine, notamment à propos d’une vidéo montrée aux jurés dans laquelle Combs la frappe violemment dans un hôtel de Los Angeles en 2016.
Un policier de Los Angeles, premier témoin à la barre, a confirmé avoir trouvé Cassie « en détresse » ce jour-là, tandis que Combs, en peignoir, lui aurait proposé un pot-de-vin. L’enregistrement de la scène, diffusé l’an dernier par CNN, avait suscité un tollé, poussant Combs à présenter des excuses publiques.
La défense a tenté de discréditer les plaignantes, évoquant des motivations financières. Geragos a affirmé que Cassie avait exigé 30 millions de dollars dans son action en justice et qu’une autre femme aurait réclamé 22 millions dans une affaire séparée. « Posez-vous la question : combien de millions ont-elles pour motif de mentir ? », a-t-elle dit au jury.
Si la défense admet que Combs pouvait être impulsif, elle insiste sur le fait qu’aucune preuve ne justifie une qualification pénale de traite d’êtres humains ou d’association de malfaiteurs. Le procès, prévu pour durer deux mois, s’annonce comme l’un des plus médiatisés de l’année aux États-Unis.