Procès Weinstein : une tension extrême après le geste d’une plaignante et un échange houleux sur un film culte
Procès Weinstein : une tension extrême après le geste d’une plaignante et un échange houleux sur un film culte

NEW YORK — Le procès pour agressions sexuelles de Harvey Weinstein a connu mardi un moment de tension intense lorsqu’une témoin clé, Jessica Mann, a pointé du doigt l’ancien magnat du cinéma en pleurs en quittant la salle d’audience, après avoir livré un témoignage poignant sur l’un des viols présumés.

Peu après avoir relaté en larmes l’agression dont elle dit avoir été victime dans un hôtel de Beverly Hills en 2014 — un viol survenu, selon elle, après avoir dit à Weinstein qu’elle voyait quelqu’un — Mann a lancé un regard vers la table de la défense, a visé ses yeux du doigt, puis l’a pointé directement vers l’accusé. Weinstein, 73 ans, accusé de multiples crimes sexuels mais niant toute agression ou relation non consentie, a brièvement secoué la tête en entendant son récit.

La scène a provoqué une nouvelle demande de procès annulé de la part de la défense, qui a dénoncé cette gestuelle comme préjudiciable pour le jury. Le juge Curtis Farber a refusé, tout en suggérant que la témoin s’abstienne à l’avenir de tels gestes. Il a toutefois noté que Weinstein lui-même avait été vu réagissant et murmurant à plusieurs reprises depuis le début du procès.

Jessica Mann est l’une des trois femmes dont les témoignages fondent les nouvelles accusations contre Weinstein à New York. Il est poursuivi pour un viol présumé en 2013 et deux agressions sexuelles sur d’autres femmes en 2006. Il a plaidé non coupable.

La suite de l’audience s’est envenimée lorsque l’avocat de la défense, Arthur Aidala, a attaqué la crédibilité de Mann, soulignant qu’elle avait continué à voir Weinstein même après les faits allégués, acceptant notamment des dîners et des invitations de sa part. Il a aussi insisté sur une scène décrite la veille, où Mann avait expliqué avoir simulé un orgasme lors d’un rapport sexuel non consenti afin de pouvoir s’échapper.

À une question sur la manière dont elle avait feint le plaisir, Mann a répondu : « Meg Ryan dans le restaurant », en référence à une scène culte du film Quand Harry rencontre Sally. L’échange a rapidement dégénéré lorsque Aidala a tenté d’obtenir des précisions, ce qui a conduit à une objection immédiate du parquet. Après une discussion à huis clos avec le juge, l’avocat est passé à une autre question.

En fin de journée, le procureur Matthew Colangelo a accusé la défense d’avoir franchi la ligne rouge, estimant que les questions posées à Mann étaient déplacées. Aidala s’est défendu, affirmant ne pas avoir eu l’intention de la faire « gémir » au tribunal, mais que la scène était pertinente pour la perception qu’avait Weinstein de la situation.

Ce second procès à New York, organisé après l’annulation de la condamnation initiale en appel, ravive les tensions entourant une figure centrale du mouvement #MeToo. Plusieurs témoins ont montré des signes d’exaspération face aux interrogatoires de la défense. L’une d’elles, Miriam Haley, a même juré contre Weinstein à la barre. Une autre, Kaja Sokola, s’est dite bouleversée d’apprendre que ses journaux intimes avaient été utilisés par les avocats de l’accusé à son insu.

Malgré l’ambiance électrique dans la salle d’audience, le procès se poursuit avec des témoignages cruciaux pour la justice comme pour l’opinion publique.

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