NEW YORK – L’ex-compagne de Sean « Diddy » Combs a éclaté en sanglots vendredi à la barre, détaillant devant le tribunal les marathons sexuels sous influence de drogues qu’elle affirme avoir subis, malgré ses tentatives implicites pour y mettre fin. Le témoignage, livré sous le pseudonyme « Jane », s’inscrit dans le cadre du procès fédéral pour trafic sexuel visant le magnat du hip-hop, accusé d’avoir orchestré pendant plus de vingt ans un système d’exploitation de femmes, dissimulé derrière son empire commercial.
Jane a raconté que Combs l’encourageait à poursuivre des actes sexuels, même lorsqu’elle manifestait clairement son inconfort ou son souhait d’arrêter, par des gestes, des expressions faciales ou des prétextes comme la fatigue ou la faim. « Il me disait de continuer et de finir en beauté », a-t-elle déclaré entre deux sanglots. Lorsqu’un procureur lui a demandé pourquoi elle ne l’avait pas confronté plus directement, elle a simplement répondu, en larmes : « Je ne sais pas. »
Son récit rejoint celui livré plus tôt par l’artiste R&B Cassie Ventura, également ancienne compagne de Combs, qui a accusé le producteur de violences physiques et d’avoir orchestré des relations sexuelles imposées avec d’autres hommes, surnommées « freak-offs ». Jane, elle, a évoqué les mêmes événements sous le terme de « nuits d’hôtel », ajoutant que Combs y assistait, les dirigeait ou les filmait.
La procureure Maurene Comey a souligné la dynamique de pouvoir et de dépendance instaurée par Combs, notamment à travers le paiement du loyer de Jane, en échange de sa participation à ces nuits. Lorsqu’on lui a demandé ce qu’elle craignait si elle refusait de continuer, Jane a répondu : « Qu’il me retire la maison. »
L’un des passages les plus troublants de son témoignage concerne une nuit où, après avoir consommé de l’ecstasy — fournie, selon elle, par Combs — elle a perdu connaissance. À son réveil, après avoir vomi dans une salle de bain d’hôtel, il lui aurait lancé : « C’est bien, tu te sentiras mieux maintenant que tu as vomi. Alors on y retourne. » Elle a ensuite eu un troisième rapport sexuel, se disant « dégoûtée ».
Malgré tout, elle a décrit une relation complexe, faite de moments de tendresse avec Combs, et de sentiments d’amour profonds. Dans des messages lus à l’audience, elle lui écrivait : « Mon cœur est vraiment dans cette relation et il est en train de se briser. » Dans un autre échange, elle exprimait le désir de revenir aux premiers temps de leur relation, évoquant un sentiment d’obligation grandissant à satisfaire ses demandes. Combs lui aurait répondu laconiquement : « Arrête, fille. »
Un enregistrement audio diffusé au tribunal vendredi a renforcé les accusations. On y entend Jane demander à un homme d’utiliser un préservatif lors de leur premier « hôtel night », avant que Combs ne l’en dissuade pour des raisons de préférence personnelle.
Le juge Arun Subramanian a pris des mesures strictes pour garantir l’anonymat de Jane, interdisant aux journalistes toute description physique ou croquis pouvant mener à son identification. L’Associated Press, comme d’autres médias, ne révèle pas l’identité des personnes se déclarant victimes d’abus sexuels, sauf si elles choisissent de s’exprimer publiquement, comme l’a fait Cassie.
Le procès, qui entre dans sa quatrième semaine, pourrait mener à une peine allant de 15 ans à la réclusion à perpétuité pour Combs s’il est reconnu coupable.