Judith Godrèche mise en examen pour diffamation dans l’affaire Jacques Doillon. (AP/Aurelien Morissard)
Judith Godrèche mise en examen pour diffamation dans l’affaire Jacques Doillon. (AP/Aurelien Morissard)

Judith Godrèche a annoncé sur Instagram avoir été mise en examen pour diffamation, après une plainte déposée par le cinéaste Jacques Doillon. L’actrice l’accuse de l’avoir violée alors qu’elle avait 15 ans, des faits qu’elle a rendus publics début 2024. Mais sa propre plainte, déposée cette année-là, s’est heurtée à la prescription, contrairement à celle pour diffamation du réalisateur, qui a rapidement été prise en compte par la justice.

Dans son message, Judith Godrèche dénonce une justice à deux vitesses : « D’un côté, ma plainte se heurte à la prescription. De l’autre, pour sa plainte contre moi, la justice ne perd pas de temps. » Elle interpelle également ses abonnés en posant une question directe : cette situation incitera-t-elle les victimes à dénoncer les violences subies, ou au contraire les dissuadera-t-elle ?

Une procédure automatique et contestée

La mise en examen en matière de diffamation est quasi automatique. Elle ne résulte pas d’une enquête approfondie mais d’une formalité qui suit le dépôt d’une plainte. Judith Godrèche est visée pour avoir écrit sur les réseaux sociaux que Jacques Doillon aurait pris pour habitude de tourner avec des mineurs « avec qui il couche ».

De son côté, le réalisateur, âgé de 81 ans, figure historique du cinéma d’auteur, conteste fermement les accusations portées contre lui.

Une enquête déjà ouverte contre le réalisateur

L’affaire ne s’arrête pas à cette plainte en diffamation. La plainte de Judith Godrèche avait entraîné l’ouverture d’une enquête, bientôt suivie par celles de trois autres personnes. À la fin de l’année 2024, Jacques Doillon avait été placé sous le statut de témoin assisté, une position intermédiaire dans le cadre d’une instruction, entre le simple témoin et la mise en examen.

Il nie toujours les faits reprochés, tandis que l’enquête judiciaire poursuit son cours.

Un procès attendu

Malgré cette mise en examen, Judith Godrèche affirme attendre le procès avec détermination. Elle dit vouloir « expliquer la vérité du comportement » du cinéaste devant un tribunal. Le procès devrait se tenir, sauf désistement de Jacques Doillon.

Un contexte judiciaire plus large

La mise en examen de Judith Godrèche s’inscrit dans un dossier plus vaste. L’actrice avait déposé plainte en 2024 contre deux réalisateurs, Jacques Doillon et Benoît Jacquot, pour des faits de violences sexuelles commis à la fin des années 1980, alors qu’elle était mineure. Si la plupart de ces faits sont aujourd’hui prescrits, l’enquête a malgré tout permis de recueillir d’autres témoignages.

Benoît Jacquot a ainsi été placé en garde à vue à l’été 2024 dans le cadre de cette procédure. Judith Godrèche, de son côté, s’est engagée publiquement pour une meilleure protection des mineurs dans le milieu du cinéma, allant jusqu’à demander la création d’une commission d’enquête parlementaire.

Cette mise en examen, plus symbolique que probante sur le plan juridique, met en lumière un paradoxe judiciaire : la difficulté à juger des faits anciens de violences sexuelles et la rapidité des procédures quand il s’agit de diffamation. Elle interroge aussi sur la capacité du système judiciaire à protéger les victimes tout en garantissant les droits de la défense.

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