"Il tapait dans les murs, il m’a fracturé le nez." L'ex-Miss France Alexandra Rosenfeld raconte aux députés ce que Jean Imbert lui a fait subir. (DR)
« Il tapait dans les murs, il m’a fracturé le nez. » L’ex-Miss France Alexandra Rosenfeld raconte aux députés ce que Jean Imbert lui a fait subir. (DR)

Lors d’une table ronde organisée à l’Assemblée nationale, Alexandra Rosenfeld a pris la parole pour évoquer une période de sa vie qu’elle avait longtemps gardée sous silence : sa relation avec le chef Jean Imbert, vécue il y a une dizaine d’années. Devant les députés, l’ancienne Miss France est revenue sur ce qu’elle décrit comme un climat d’emprise psychologique et de violences. L’intervention s’inscrit dans un échange consacré au contrôle coercitif, un sujet aujourd’hui au cœur des travaux de plusieurs institutions, dont le ministère de l’Égalité entre les femmes et les hommes.

« Il correspond exactement à ce que l’on décrit comme le contrôle coercitif »

Le ton a parfois tremblé, mais Alexandra Rosenfeld a tenu à définir clairement les mécanismes qu’elle dit avoir subis : domination progressive, isolement, déstabilisation émotionnelle et peur constante. Selon elle, Jean Imbert, avec qui elle partageait alors sa vie, « correspond exactement à ce que l’on décrit comme le contrôle coercitif ». Elle affirme que cette relation a eu un effet durable sur elle : « Ces comportements ont peu à peu sapé la confiance que j’avais en moi et même dans ma perception du réel. »

Elle explique que les traces psychologiques ont été plus profondes que les violences physiques. Cette notion, largement étudiée par des spécialistes comme Evan Stark ou par la Fédération nationale Solidarité Femmes, a été mise en avant au cours de la table ronde.

Des accusations d’humiliations et de violences

Au fil de son témoignage, Alexandra Rosenfeld a décrit des comportements qu’elle qualifie de destructeurs. Elle assure avoir été régulièrement dénigrée « sur [son] milieu social, [sa] manière de parler ou de [s’]habiller ». Elle raconte également des crises de colère qui se retournaient systématiquement contre elle, l’amenant à douter de sa propre stabilité.

L’un des épisodes les plus marquants, selon elle, concerne un geste violent : « Il tapait dans les murs et il m’a fracturé le nez en me donnant un coup de tête. Il n’a pas contesté, il a parlé d’un accident », raconte-t-elle, ajoutant avec ironie : « Comme si on cassait le nez d’une femme sans s’en rendre compte. »

Elle confie conserver encore aujourd’hui certains réflexes issus de cette relation, malgré un nouveau compagnon avec lequel elle dit vivre sereinement : « Je me surprends à trop me justifier, à détailler mes faits et gestes pour éviter un conflit. »

« Je veux parler pour celles qui n’osent pas encore »

Alexandra Rosenfeld a expliqué qu’elle souhaitait désormais rendre publiques ces expériences pour encourager d’autres femmes à s’exprimer. Elle affirme que Jean Imbert dispose de nombreux soutiens et de ressources financières lui permettant, selon elle, d’exercer une influence importante : « Il a des appuis connus, les meilleurs avocats, un cabinet de communication. Il a des moyens que nous n’avons pas », dit-elle.

Elle insiste également sur la nécessité de prendre en compte les signaux qui précèdent souvent les violences les plus graves : « Cent pour cent des féminicides commencent par du contrôle coercitif. Lorsque plusieurs femmes décrivent les mêmes pressions, les mêmes menaces, les mêmes violences sur quinze ans, sans que l’homme ne change, nous devrions tous nous en inquiéter. Je témoigne pour que cela évolue. »

Une enquête ouverte après plusieurs signalements

À la suite des deux plaintes déposées contre Jean Imbert et des témoignages concordants publiés dans la presse, le parquet de Paris a ouvert une enquête pour violences conjugales. Le chef conteste l’ensemble des accusations, tout en se mettant en retrait de certaines activités professionnelles le temps de la procédure. Cette affaire intervient alors que les violences intrafamiliales font l’objet d’un suivi renforcé par les autorités publiques, notamment via les rapports annuels du ministère de l’Intérieur et les recommandations du Haut Conseil à l’Égalité.

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