Le 27 août 1830, au matin, les domestiques du château de Saint-Leu, dans le Val-d’Oise, font une découverte glaçante : Henri Joseph de Bourbon-Condé, dernier représentant de sa lignée, est retrouvé pendu à l’espagnolette d’une fenêtre de sa chambre. L’homme, âgé de 74 ans, était l’une des plus grandes fortunes du royaume et un proche parent du nouveau roi Louis-Philippe Ier, installé sur le trône à peine un mois plus tôt.
Suicide impossible ou crime déguisé ?
Le corps du prince intrigue immédiatement : les pieds touchent le sol, détail qui semble peu compatible avec un suicide. Les rumeurs enflent aussitôt. Le confesseur du défunt affirme même que « le prince est innocent de sa mort devant Dieu ». L’opinion se divise alors entre deux thèses : celle d’un assassinat et celle d’un accident lié à des pratiques sexuelles. Dans le viseur, Sophie Dawes, ancienne maîtresse du prince, devenue baronne de Feuchères après un mariage arrangé. Ambitieuse, elle était parvenue, avec l’appui de Talleyrand, à obtenir un testament en sa faveur, tout en assurant que le reste de la fortune reviendrait au duc d’Aumale, fils de Louis-Philippe. Pour certains, craignant d’être déshéritée si le prince modifiait ses volontés, elle aurait provoqué sa mort ; pour d’autres, le vieil homme serait décédé lors d’un jeu érotique de strangulation mal maîtrisé, la baronne ayant alors tenté de maquiller la scène en suicide.
Une affaire aux répercussions politiques
L’affaire, reprise par les journaux et par des pamphlets politiques, devient rapidement une arme contre le nouveau régime. Les légitimistes accusent Louis-Philippe et la reine Marie-Amélie d’avoir orchestré le meurtre pour assurer la transmission de l’immense héritage au duc d’Aumale, leur propre fils. Le président de la Chambre des pairs, le baron Pasquier, se rend en personne à Saint-Leu et doute lui-même de la version officielle. Pourtant, après une enquête confuse, la justice conclut en 1831 à un suicide, ce qui met fin aux poursuites. La baronne se retire alors dans ses propriétés avant de s’exiler à Londres, tandis que la fortune du prince de Condé revient bien au duc d’Aumale. Mais le mystère de Saint-Leu, mêlant intrigues de cour, ambitions personnelles et bouleversements politiques, ne sera jamais totalement éclairci.