Bastien Vivès : le tribunal de Nanterre se déclare incompétent pour juger l’auteur de BD visé pour pédopornographie
Bastien Vivès : le tribunal de Nanterre se déclare incompétent pour juger l’auteur de BD visé pour pédopornographie

Le procès de Bastien Vivès n’aura finalement duré qu’une matinée. Ce mardi 27 mai, le tribunal correctionnel de Nanterre a estimé ne pas être territorialement compétent pour juger l’auteur de bande dessinée, poursuivi pour des dessins représentant des mineurs dans des situations à caractère sexuel explicite, publiés dans deux de ses albums en 2018.

Une décision qui interrompt les poursuites… pour l’instant

L’affaire portait sur les ouvrages Petit Paul et La Décharge mentale, deux BD qui avaient déjà suscité une vive controverse à leur parution. Accusé de “fixation et transmission d’images pédopornographiques”, Bastien Vivès encourait jusqu’à cinq ans d’emprisonnement et 75 000 euros d’amende. Les maisons d’édition Les Requins Marteaux et Glénat, à l’origine de ces publications, étaient également poursuivies pour diffusion de contenus pornographiques impliquant des mineurs.

Mais l’audience n’a pas eu le temps d’entrer dans le fond du dossier. La défense de Vivès, assurée par Me Richard Malka, a immédiatement plaidé l’incompétence du tribunal, soulignant que ni l’auteur, domicilié à Paris, ni les maisons d’édition, basées à Bordeaux et Grenoble, n’avaient de lien direct avec le département des Hauts-de-Seine. Le tribunal a tranché en ce sens, renvoyant l’affaire au parquet. “C’est une décision logique, et c’est la fin provisoire d’un procès en sorcellerie”, a commenté l’avocat.

Une affaire toujours controversée, sur fond de débat autour de la liberté artistique

Les associations de protection de l’enfance qui s’étaient constituées partie civile – dont la Fondation pour l’enfance, L’Enfant Bleu, Innocence en danger et Face à l’inceste – n’ont pas caché leur déception. Pour leurs représentantes, ce non-lieu temporaire ne doit pas masquer les enjeux de fond : “L’art n’est pas au-dessus des lois”, a rappelé Me Cécile Astolfe. Selon elles, les représentations dessinées de mineurs dans des situations sexuelles explicites peuvent contribuer à banaliser, voire encourager des passages à l’acte.

De son côté, Bastien Vivès a défendu ses œuvres, les qualifiant d’expressions artistiques relevant de la satire. “Je ne regrette aucune de mes BD”, a-t-il déclaré à la sortie du tribunal, ajoutant qu’il ne se reconnaissait “ni dans l’incitation ni dans l’apologie” de comportements criminels.

Le débat autour des limites de la liberté artistique et de la représentation du corps dans la bande dessinée reste donc entier. Et même si la procédure engagée à Nanterre est suspendue, le fond du dossier pourrait bientôt être relancé devant une autre juridiction compétente, probablement à Paris.

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