À Hyères, dans le Var, deux sœurs ont été interpellées puis placées en garde à vue après avoir interrompu mercredi soir une représentation de l’humoriste Ary Abittan au casino local. L’intervention des forces de l’ordre a fait suite à des perturbations : selon le procureur de la République de Toulon, Raphaël Balland, les deux femmes de 53 ans ont utilisé des boules puantes et proféré des injures alors que l’artiste se produisait sur scène. Ces incidents ont entraîné une brève suspension du spectacle. Le procureur précise qu’au cours de leurs auditions, elles ont admis avoir prémédité cette action dans le cadre d’un mouvement de protestation visant l’humoriste, à la suite du non-lieu dont il a bénéficié dans une procédure pénale. Elles ont été libérées jeudi matin et feront l’objet d’une mesure de composition pénale à une date ultérieure. Elles sont mises en cause pour « entrave concertée à l’exercice de la liberté de création artistique » et risquent jusqu’à trois ans d’emprisonnement et 45 000 euros d’amende. Dans le cadre de cette procédure simplifiée, le parquet envisage de proposer le paiement d’une amende assortie d’une interdiction de fréquenter le casino d’Hyères pendant six mois, ainsi que l’obligation de verser des dommages-intérêts à la partie civile.
Le producteur d’Ary Abittan a porté plainte
Le climat de plus que jamais tendu autour de la tournée d’Ary Abittan. La société de production de Gilbert Coullier a déposé une plainte contre X au parquet de Paris pour « entrave à la liberté d’expression » et « à la diffusion d’une œuvre », après des perturbations ou annulations de représentations. Dans un communiqué joint à la plainte, le producteur dénonce « des actions répétées, coordonnées et revendiquées visant à empêcher la tenue des spectacles » d’Abittan, évoquant des campagnes de dénigrement, des pressions sur les salles, des appels à la déprogrammation et des intimidations. Il souligne notamment des appels à manifester lancés par le collectif féministe #NousToutes contre la programmation de l’artiste. Cette action judiciaire, qui vise à faire reconnaître l’entrave à l’exercice artistique, pourrait entraîner pour les auteurs des faits une peine d’un an d’emprisonnement et une amende de 15 000 euros selon le Code pénal.
Le producteur cite également des annulations de représentations récentes dans d’autres villes, dont une programmée en février à Bergerac et une autre au mois de mai en Suisse, selon les mêmes sources.
Le non-lieu de Ary Abittan mal perçu
Ces protestations font suite à l’affaire judiciaire qui concerne directement l’humoriste. Fin 2021, Ary Abittan avait été mis en examen et placé sous contrôle judiciaire à la suite d’une accusation de viol portée par une jeune femme qu’il fréquentait. Après trois ans d’enquête, l’instruction s’est soldée par un non-lieu, décision confirmée en appel en janvier 2025, ce qui a permis à l’artiste de reprendre sa carrière sur scène. Ce non-lieu, qui ne reconnaît pas la culpabilité mais signifie l’absence de charges suffisantes pour un procès, a alimenté des contestations, notamment de la part de militantes féministes qui estiment que la décision judiciaire ne reflète pas pleinement la gravité des accusations.
La polémique s’est amplifiée en décembre lorsqu’un groupe de militantes du collectif #NousToutes a interrompu un spectacle à la salle des Folies Bergère à Paris, portant des masques à l’effigie d’Abittan avec l’inscription « violeur » et scandant des slogans hostiles à l’artiste.
Brigitte Macron traite les féministes de «salles connes»
La réaction de la Première dame, Brigitte Macron, présente lors d’une représentation à la suite de ces événements, a également suscité des débats publics. Une vidéo diffusée en marge du spectacle la montre tenant des propos jugés insultants à l’encontre des militantes, qualifiées de « sales connes », ce qui a provoqué une vague d’indignation dans certains milieux associatifs, culturels et politiques. Brigitte Macron a ensuite déclaré qu’elle était « désolée si [ses propos] ont blessé les femmes victimes », précisant qu’ils avaient été prononcés dans un cadre privé et n’avaient pas pour objectif de remettre en question la cause féministe.