Étrange loterie que celle du cancer: des gros fumeurs, des gros buveurs ou des personnes très exposées à des facteurs de risque passent entre les gouttes, quand d’autres déclarent la maladie tôt, parfois sans « profil » évident. À partir du printemps 2026, une équipe internationale lance une étude de grande ampleur pour chercher, dans l’immunité, la clé de ces destins divergents. Objectif affiché: identifier des marqueurs, notamment des anticorps, capables d’expliquer qui est protégé, qui est vulnérable, et pourquoi.
Les chercheurs prévoient d’analyser des échantillons biologiques de 70 000 participants, avec une sélection pensée pour faire parler les cas les plus instructifs: jumeaux dont un seul a eu un cancer, centenaires sans antécédent, gros consommateurs de tabac ou d’alcool restés indemnes, patients touchés très jeunes, sur une dizaine de cancers et pendant cinq ans, dans plusieurs laboratoires en Europe et aux États-Unis.
Ces « anticorps intérieurs » qui pourraient faire basculer la partie
Au coeur du protocole, des « auto-anticorps », ces anticorps qui réagissent contre nos propres cellules, traqués notamment à l’institut Imagine à Paris avec des tests ciblant des signatures dans le sérum et des pistes autour de l’interféron. Le professeur Paul Bastard, qui dirige l’étude, résume l’hypothèse avec une prudence de scientifique: ces auto-anticorps pourraient « moduler » l’immunité, parfois en l’affaiblissant et en laissant la maladie s’installer, parfois en la musclant et en jouant un rôle protecteur.
Derrière la mécanique, il y a déjà un horizon très concret: transformer ces signaux en outils, administrer un auto-anticorps jugé bénéfique en complément des traitements, via des anticorps produits ou une stratégie vaccinale, ou au contraire neutraliser ceux qui se révéleraient nocifs. Reste une promesse à tenir, celle de passer du laboratoire à la clinique sans vendre du rêve trop vite, tout en ouvrant une piste qui pourrait changer la prévention pour les profils à risque.
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