Une équipe de chercheurs britanniques vient de franchir une étape majeure dans la lutte contre le rejet d’organes. À l’Université de Cambridge, des scientifiques sont parvenus à modifier le groupe sanguin d’un rein humain avant sa greffe, le transformant en organe de type O, compatible avec tous les receveurs. L’expérience, menée sur un patient en état de mort cérébrale, a montré que le rein modifié avait été bien toléré, sans rejet immédiat. Cette prouesse ouvre la voie à une révolution médicale : celle de la transplantation d’organes « universels », indépendants du groupe sanguin du patient. Les résultats ont été publiés dans la revue Nature Biomedical Engineering.
Une enzyme pour effacer les antigènes sanguins
La technique utilisée repose sur une enzyme capable de supprimer les antigènes B présents à la surface des cellules du rein. Ces antigènes, qui différencient les groupes A, B et AB, sont absents chez les personnes de type O, ce qui explique la compatibilité universelle de ce dernier groupe. En éliminant ces marqueurs biologiques, les chercheurs ont pu « neutraliser » le groupe du donneur et créer un organe théoriquement greffable à n’importe quel receveur. L’équipe de Cambridge avait déjà expérimenté cette approche sur des tissus pulmonaires avant d’étendre la méthode aux reins, l’organe le plus demandé dans le monde. Aux États-Unis, plus de 100 000 personnes figurent sur liste d’attente pour une greffe, et en France, près de 23 000 patients espéraient un organe début 2025.
Des perspectives immenses malgré des limites
Si aucun rejet immédiat n’a été observé pendant les deux premiers jours suivant la greffe, une réaction immunitaire a commencé à se manifester le troisième jour. Les chercheurs jugent ces signaux encourageants, estimant qu’ils permettront d’affiner les protocoles cliniques pour limiter les rejets futurs. Des travaux similaires ont été menés en Chine, avec des résultats comparables. Dans tous les cas, les receveurs devront continuer à suivre un traitement immunosuppresseur à vie, le risque de rejet ne pouvant jamais être totalement éliminé. Cette avancée, encore expérimentale, pourrait néanmoins transformer la médecine des transplantations. En permettant de stocker et d’attribuer les organes sans contrainte de compatibilité sanguine, elle offrirait une chance supplémentaire aux milliers de patients qui meurent chaque année faute de greffe compatible.