Sur TikTok et Instagram, un mot s’impose à coups de vidéos courtes et de “diagnostics” à l’emporte-pièce : « skinny fat », littéralement “mince mais gras”. L’étiquette vise des silhouettes qui paraissent fines, parfois très fines, mais avec peu de masse musculaire et une proportion de masse grasse jugée trop élevée. À l’origine, la notion renvoie à une réalité médicale liée à la composition corporelle, un rappel utile que l’IMC ne raconte pas toute l’histoire. Sauf qu’en ligne, la nuance s’évapore vite. Le terme devient un miroir grossissant, braqué sur le moindre pli, la moindre mollesse, et l’algorithme fait le reste, surtout si vous avez déjà regardé deux vidéos de sport ou de perte de poids.
La minceur ne suffit plus, il faut « sécher »
La minceur ne suffit plus, il faut « sécher » Ce qui frappe, c’est le glissement discret mais net des standards. Hier, il fallait être mince. Aujourd’hui, il faut être mince et dessiné, ventre plat, abdos visibles, fesses galbées, pas un gramme “en trop” à l’horizon. Des comptes vendent la recette comme du “bien-être” avec des injonctions qui sentent la punition, restrictions alimentaires camouflées en discipline, obsession de la “transformation” et parfois des discours qui frôlent les codes des communautés pro-anorexie. Le vocabulaire pseudo-scientifique sert de vernis sérieux, comme si coller un mot anglais sur un corps suffisait à le transformer en problème à corriger, de préférence via un programme, un coaching ou une cure maison.
Reste une évidence que les reels oublient volontiers : la santé ne se mesure pas à l’œil nu sur dix secondes de vidéo, encore moins à une case dans laquelle on range les gens. Beaucoup de corps “normaux” ont du gras, des marques, des variations, et c’est précisément ce qui les rend… normaux. Le risque, lui, est tangible : à force de scruter, comparer, compter, “sécher”, certains basculent vers des comportements de contrôle qui abîment plus qu’ils ne “tonifient”, surtout chez les plus jeunes. Les plateformes, elles, continueront de pousser ce qui retient l’attention, et le prochain terme culpabilisant est déjà dans la file d’attente.
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