La course aux interfaces cerveau-machine ne se joue plus uniquement dans les blocs opératoires. Tandis que Neuralink, l’entreprise d’Elon Musk, mise sur des puces implantées dans le cortex, une start-up chinoise affirme pouvoir accéder à l’activité cérébrale sans aucune chirurgie. À Chengdu, dans la province du Sichuan, la société Gestala développe une technologie reposant sur les ultrasons pour analyser le cerveau à travers le crâne.
Le principe repose sur une approche différente des électrodes traditionnelles. Les implants cérébraux captent des signaux localisés, sur une zone précise du cortex. Les ultrasons, eux, permettraient de cartographier l’activité de l’ensemble de l’encéphale en analysant les variations du flux sanguin. Selon les responsables du projet, cette méthode offrirait une vision plus globale du fonctionnement cérébral, sans incision ni intervention invasive.
L’idée s’inscrit dans la continuité des travaux amorcés dès les années 1970 autour des interfaces cerveau-machine. Mais elle marque une rupture stratégique. Là où certains acteurs parient sur l’implantation directe pour capter des signaux électriques, Gestala mise sur l’imagerie ultrasonore transcrânienne, une technologie déjà utilisée en médecine pour d’autres applications.
Promesses médicales et obstacles techniques
Les ambitions affichées dépassent la simple interaction homme-machine. À court terme, ces dispositifs pourraient aider des patients paralysés à retrouver une forme de mobilité en traduisant leurs intentions en commandes numériques. À plus long terme, l’entreprise évoque la possibilité de détecter des états liés à la dépression ou à la douleur chronique, puis d’administrer une stimulation ciblée via un casque de nouvelle génération.
Le défi reste toutefois majeur. Si les ultrasons sont déjà employés pour détruire certaines zones cérébrales défaillantes, notamment dans le traitement de la maladie de Parkinson, extraire des données fiables à travers l’os du crâne constitue une difficulté technique importante. L’os tend à déformer les ondes sonores, ce qui peut altérer la précision des informations recueillies. Pour parvenir à une lecture fluide des intentions, les chercheurs doivent franchir un seuil élevé de microvariations détectables.
Cette dynamique ne se limite pas à la Chine. Aux États-Unis, des chercheurs de l’UCLA ont démontré en 2025 qu’un simple bonnet d’électroencéphalographie couplé à une intelligence artificielle pouvait traduire certaines pensées en mouvements sans incision. Par ailleurs, des acteurs majeurs de la technologie investissent dans ce secteur. OpenAI a récemment soutenu une start-up travaillant elle aussi sur l’usage des ultrasons dans les interfaces neuronales.
Au-delà de la prouesse technique, ces avancées posent des questions éthiques et sociétales. Diriger un ordinateur par la pensée sans passer par la chirurgie apparaît comme une perspective séduisante. Mais la capacité à interpréter l’activité cérébrale à grande échelle soulève aussi des interrogations sur la protection des données mentales et la frontière entre assistance médicale et augmentation technologique. Si les obstacles scientifiques sont franchis, l’interface cerveau-machine pourrait entrer dans une nouvelle phase, moins invasive, plus accessible, et potentiellement plus largement adoptée. Reste à voir si la promesse d’une lecture fiable des pensées sans implant tiendra face aux exigences de la réalité biologique.