L’Agence nationale de sécurité sanitaire (Anses) a lancé hier jeudi quatre alertes sanitaires majeures concernant l’usage des pesticides, notamment les pyréthrinoïdes et les organophosphorés, des substances couramment utilisées en agriculture mais aussi dans les foyers. Ces produits sont désormais soupçonnés de causer des dommages neurologiques chez les enfants exposés in utero, ainsi que des troubles graves chez les adultes exposés dans un cadre professionnel. Le rapport s’appuie sur les travaux de l’Inserm mis à jour en 2021, et met en cause des substances présentes dans des insecticides, des médicaments vétérinaires ou encore des produits phytosanitaires. L’une des plus problématiques, la ciperméthrine, est très utilisée dans les élevages pour traiter les tiques ou parasites. Autre molécule préoccupante : la deltaméthrine, désormais associée à un risque accru de leucémie chez les professionnels manipulant ces produits.
Troubles neurologiques, leucémies, atteintes cognitives : une menace diffuse
Selon les experts, l’exposition prénatale aux pyréthrinoïdes serait liée à des perturbations importantes du neurodéveloppement. Des études montrent notamment des effets sur les fonctions motrices et cognitives des enfants. Les organophosphorés, de leur côté, sont associés à des altérations neurologiques sévères et à des cas de leucémies chez les adultes exposés dans leur environnement de travail. Les enfants sont les plus vulnérables. L’étude Esteban de Santé publique France, publiée en 2021, a démontré une imprégnation élevée de la population française, particulièrement chez les plus jeunes. Les sources les plus courantes d’exposition ne viennent pas forcément des champs, mais bien de l’usage domestique : bombes insecticides, diffuseurs, colliers pour animaux.
Vers une remise en cause des usages non essentiels
L’Anses appelle à une réévaluation urgente des autorisations européennes pour certaines substances. Elle recommande aussi de limiter leur usage domestique, particulièrement dans les foyers avec des enfants ou des femmes enceintes. Si l’éradication de moustiques porteurs de la dengue peut justifier un recours temporaire, les pulvérisations contre les araignées ou autres usages de confort ne devraient plus être tolérés, insiste l’agence. L’information des professionnels de santé et du grand public est désormais un enjeu majeur de santé publique. L’Anses demande aussi que soient mieux identifiées les sources d’exposition, pour adapter la prévention et réduire l’imprégnation de la population à ces substances potentiellement dangereuses.