Une équipe de chercheurs montpelliérains a dévoilé dans la revue Nature une avancée scientifique inattendue : des anticorps issus du lama pourraient constituer une solution prometteuse dans la lutte contre la schizophrénie. Cette découverte repose sur l’utilisation de « nanocorps », des mini-anticorps capables de franchir la barrière hémato-encéphalique, une frontière biologique qui limite l’accès au cerveau de la plupart des traitements actuels. Les chercheurs, rattachés au CNRS, à l’Inserm et à l’Université de Montpellier, ont constaté que ces nanocorps présentent une efficacité inédite. Contrairement aux traitements conventionnels, qui n’agissent que partiellement sur les symptômes et laissent les troubles cognitifs largement intacts, une simple injection périphérique de nanocorps a permis une amélioration significative des fonctions cognitives chez deux modèles animaux. Cet effet bénéfique a été observé plus d’une semaine après l’injection.
Une pathologie complexe et peu traitée dans ses dimensions cognitives
Touchant environ 1 % de la population mondiale, soit 600 000 personnes en France, la schizophrénie demeure une maladie mentale encore mal comprise. Elle apparaît généralement entre 15 et 25 ans et provoque des troubles de la perception de la réalité, avec hallucinations, idées délirantes, repli social ou perte d’initiative. Si les traitements actuels atténuent parfois les symptômes les plus visibles, ils restent impuissants face aux déficits cognitifs qui pèsent lourdement sur la vie quotidienne des patients. C’est précisément ce verrou thérapeutique que les chercheurs montpelliérains espèrent faire sauter. Les résultats obtenus sur les modèles animaux laissent entrevoir une révolution potentielle dans l’approche du traitement. Toutefois, les essais cliniques à venir seront déterminants pour vérifier si les bénéfices cognitifs observés chez l’animal peuvent se reproduire chez l’humain. Si tel était le cas, cette stratégie pourrait à terme être étendue à d’autres pathologies neurologiques, où la question de la pénétration des traitements dans le cerveau demeure un obstacle majeur. Le lama, loin des sommets andins, s’invite ainsi dans les laboratoires de pointe comme un allié improbable mais décisif contre les troubles mentaux.