Alors que la dermatose nodulaire contagieuse (DNC) poursuit sa progression en Savoie et Haute-Savoie, la stratégie gouvernementale cristallise les tensions. Mercredi, la ministre de l’Agriculture Annie Genevard a confirmé l’abattage systématique des troupeaux touchés tout en annonçant le déploiement de la vaccination dès le début de la semaine prochaine. Si 24 foyers ont été détectés depuis le 29 juin, la riposte officielle se heurte de plein fouet à la colère des agriculteurs, de plus en plus nombreux à rejeter cette méthode radicale. La doctrine actuelle repose sur deux piliers : euthanasier l’intégralité d’un élevage dès la détection d’un cas, et vacciner en urgence dans un rayon de 50 kilomètres. Mais sur le terrain, la colère monte. À Entrelacs, un éleveur refuse d’abattre ses 121 vaches alors que seuls deux cas ont été recensés dans son cheptel. À plusieurs reprises, des blocages ont empêché les services vétérinaires d’intervenir, et deux agents ont même porté plainte après avoir été menacés et insultés.
Colère dans les campagnes, consensus chez les experts
La fronde est portée par deux syndicats agricoles minoritaires, Coordination rurale et Confédération paysanne. Tous deux dénoncent une « catastrophe humaine » et plaident pour des alternatives moins brutales, comme l’isolement temporaire des animaux contaminés. Ils rappellent que la DNC n’est pas transmissible à l’homme et jugent les abattages disproportionnés. De leur côté, les autorités sanitaires persistent. Le Comité national d’orientation de la politique sanitaire animale et végétale, réunissant vétérinaires, scientifiques et représentants du monde agricole, a validé la stratégie gouvernementale quasi à l’unanimité. Selon les experts, l’enjeu est de taille. La DNC peut ravager jusqu’à 90 % d’un troupeau si elle n’est pas contenue dès les premiers cas. Dans les pays où la maladie est endémique, comme la Turquie ou le Maghreb, elle réapparaît tous les trois à cinq ans et provoque des pertes importantes. En France, les bovins n’ayant jamais été exposés, leur vulnérabilité est maximale.
Un vaccin en renfort, mais des doutes persistent
Face au tollé, le gouvernement accélère le calendrier vaccinal. La commande de doses a été lancée dès les premières détections, et les premières injections seront administrées dès la semaine prochaine. Le vaccin, injecté par voie sous-cutanée, confère une immunité complète après trois semaines et présente très peu d’effets secondaires. Une surveillance renforcée sera également mise en place dans un second périmètre de 20 kilomètres autour des zones de vaccination. Sur le plan politique, l’affaire dépasse désormais le seul champ sanitaire. La députée Mathilde Panot (LFI) a interpellé Annie Genevard dans une lettre dénonçant la brutalité des protocoles et leur impact psychologique et économique sur les éleveurs. Car au-delà des pertes animales, les exploitations situées dans le rayon d’un foyer infecté perdent immédiatement l’accès aux marchés internationaux, ce qui menace la survie de nombreuses fermes. En toile de fond, c’est aussi le statut sanitaire de la France qui vacille, avec un risque de déclassement si la maladie s’étend. En dépit de l’opposition croissante, le ministère n’a pas fléchi et assume ses décisions. Les éleveurs, eux, redoutent une mécanique implacable qui les prive à la fois de leurs bêtes et de leurs débouchés, sans garantie d’une indemnisation à la hauteur.