Une vaste étude menée à Strasbourg sur près de mille patientes atteintes d’un cancer du sein démontre que les causes environnementales l’emportent largement sur les facteurs génétiques. Dirigée par la professeure Carole Mathelin, cheffe du service de chirurgie à l’Institut de cancérologie Strasbourg Europe (ICANS), cette recherche met en lumière l’impact des PFAS, pesticides et métaux lourds sur le développement des tumeurs.
Des résultats sans équivoque
Depuis 2020, les équipes de l’ICANS ont analysé des échantillons prélevés sur 931 patientes d’Alsace et de Moselle. Les analyses ont révélé la présence d’au moins un PFAS dans 96 % des tumeurs étudiées. Ces composés chimiques, surnommés « polluants éternels », se trouvent dans de nombreux objets du quotidien : emballages alimentaires, textiles imperméables, peintures ou produits ménagers et sont soupçonnés d’agir comme perturbateurs endocriniens. L’étude a également recensé 578 pesticides et une trentaine de métaux, dont du plomb, souvent retrouvé chez des patientes vivant à proximité de zones industrielles comme la vallée de la Moselle ou l’agglomération mulhousienne. Les chercheurs ont noté que les femmes minces étaient davantage exposées aux métaux et PFAS, tandis que les personnes obèses concentraient plus de pesticides dans leurs tissus adipeux.
Une révolution dans la compréhension des causes du cancer
« Beaucoup de femmes touchées n’avaient aucun facteur de risque classique : elles faisaient du sport, ne buvaient pas, avaient une bonne hygiène de vie. Il fallait chercher ailleurs », explique la professeure Mathelin. Selon elle, les PFAS jouent clairement un rôle dans la survenue de certains cancers du sein. Les chercheurs rappellent par ailleurs que seulement 5 à 8 % des cancers du sein ont une origine génétique. Les autres seraient liés à des expositions cumulées à des substances chimiques.
Prévention et bon sens au quotidien
Face à ces résultats, Carole Mathelin recommande une vigilance accrue dans les usages domestiques : limiter les produits imperméabilisants, les insecticides, certains ustensiles de cuisine, et privilégier une alimentation locale et biologique. « Il faut toujours faire la balance bénéfice-risque avant d’utiliser un produit chimique », souligne-t-elle. Pionnière dans le dépistage, Strasbourg, première ville française à avoir instauré la mammographie en 1989, multiplie désormais les initiatives de prévention environnementale. Parmi elles, la distribution gratuite de paniers de fruits et légumes bio aux femmes enceintes, une expérimentation qui pourrait être étendue au niveau national.