Depuis le début de l’année, la rougeole a repris du terrain en France avec une intensité inédite depuis des décennies. Santé publique France a recensé 828 cas confirmés, contre 438 sur l’ensemble de l’année 2024. Deux personnes immunodéprimées ont succombé à cette maladie extrêmement contagieuse, rappelant brutalement les dangers liés à la baisse de la couverture vaccinale. La majorité des patients concernés étaient insuffisamment protégés. Parmi les cas pour lesquels le statut vaccinal est connu, près de 65 % n’avaient reçu aucune injection ou une seule dose incomplète du vaccin ROR (rougeole, oreillons, rubéole), pourtant recommandé pour toutes les personnes nées après 1980. L’agence sanitaire précise que l’épidémie, après avoir progressé rapidement en début d’année, a amorcé un recul depuis mai, mais reste sous étroite surveillance.
Complications graves chez les plus jeunes
L’impact médical est lourd : plus d’un tiers des personnes infectées ont dû passer aux urgences ou être hospitalisées, dont douze cas en réanimation. Plus d’un malade sur dix a développé une complication, notamment une encéphalite. Les nourrissons, les jeunes enfants et certains jeunes adultes figurent parmi les profils les plus touchés, confirmant la vulnérabilité accrue des non-vaccinés. Les symptômes, fièvre élevée, toux et éruptions cutanées, peuvent évoluer vers des formes sévères comme une pneumonie ou une atteinte cérébrale entraînant des séquelles irréversibles. Ces deux décès en France rappellent qu’aucune tranche d’âge n’est totalement à l’abri lorsque la couverture vaccinale recule.
Une crise mondiale alimentée par la défiance vaccinale
La résurgence de la rougeole dépasse largement l’Hexagone. En Europe et aux États-Unis, les taux de vaccination restent inférieurs aux 95 % jugés indispensables par l’Organisation mondiale de la santé pour assurer une immunité collective. La pandémie de Covid-19 a laissé dans son sillage une défiance persistante, nourrie par des campagnes de désinformation. Aux États-Unis, le pays traverse sa pire épidémie de rougeole depuis plus de trente ans. Le ministre de la Santé, Robert Kennedy Jr, est accusé d’avoir amplifié la crise en relayant une théorie infondée liant vaccin ROR et autisme. Outre-Manche, la mort d’un enfant en juillet a poussé les autorités britanniques à lancer de nouveaux appels à la vaccination. En France, la progression rapide observée en 2025 illustre combien la rougeole reste une menace dès que la vigilance vaccinale s’émousse. Les chiffres publiés par Santé publique France replacent au centre du débat un constat simple : sans couverture suffisante, le virus reprend sa course et met en péril les plus fragiles.