Chaque été, des tonnes de crème solaire se déversent dans les mers et les rivières, emportant avec elles un composant invisible mais redoutable : l’octocrylène. Cette molécule, omniprésente dans les cosmétiques, est dans le collimateur de l’Agence nationale de sécurité sanitaire (Anses). L’organisme français appelle l’Union européenne à serrer la vis et à imposer, dès 2027, une réduction drastique de son usage dans les produits de beauté. Le constat est sans appel. Plus de 1 500 tonnes d’octocrylène sont déversées chaque année dans l’environnement par les crèmes solaires, les maquillages et même certains parfums. La substance s’accumule, persiste et se concentre dans les écosystèmes aquatiques et terrestres. Résultat : des effets toxiques sur les algues, les poissons, les crevettes, mais aussi sur les organismes des sols. Selon l’Anses, les risques sont « inacceptables » pour la reproduction et la croissance de nombreuses espèces.
Un cocktail nocif pour la nature et l’homme
La toxicité de l’octocrylène ne s’arrête pas aux coraux et aux poissons. L’Anses s’inquiète aussi de son impact sur la santé humaine. L’agence évoque des effets possibles sur la thyroïde et sur la reproduction. L’octocrylène pourrait même être un perturbateur endocrinien, mais les industriels n’ont pas livré à temps les données nécessaires pour confirmer ou infirmer ce danger. Voilà plus de dix ans que l’agence suit cette molécule de près, et les conclusions se font de plus en plus pressantes. Le cadre réglementaire existe déjà : c’est le règlement européen REACH, entré en vigueur en 2007 pour encadrer les substances chimiques. Dans ce dossier, la France agit comme État rapporteur. Concrètement, la proposition vise à abaisser fortement la concentration maximale d’octocrylène autorisée dans les cosmétiques, aujourd’hui fixée à 10 %. Si la mesure est adoptée, la grande majorité des crèmes solaires contenant cet ingrédient disparaîtrait du marché européen.
Des alternatives abordables et des consommateurs prêts
Reste la question économique. Les industriels craignent une flambée des coûts. L’Anses relativise : le remplacement par des associations de filtres alternatifs coûterait environ 39 millions d’euros par an entre 2027 et 2036. Une goutte d’eau dans l’océan de l’industrie cosmétique européenne, qui pesait plus de 100 milliards d’euros en 2023. Les marges actuelles des fabricants permettraient d’absorber ces surcoûts sans heurts majeurs. Côté consommateurs, la hausse des prix ne semble pas effrayer. Une enquête menée auprès de 7 200 personnes dans six pays européens montre qu’ils accepteraient largement un surcoût, au nom de la protection des milieux aquatiques. L’affaire suit désormais son cours à Bruxelles. Deux comités scientifiques de l’Agence européenne des produits chimiques doivent rendre leur avis d’ici septembre 2026. La Commission européenne tranchera ensuite. Si la proposition française passe, c’est dès 2027 que l’octocrylène sera banni de nos crèmes solaires. Une révolution discrète dans nos trousses de plage, mais un soulagement attendu pour la biodiversité.
Que retenir rapidement ?
Chaque été, des tonnes de crème solaire se déversent dans les mers et les rivières, emportant avec elles un composant invisible mais redoutable : l’octocry