Faut-il réautoriser l’acétamipride, ce pesticide de la famille des néonicotinoïdes interdit en France depuis 2018 ? La proposition de loi du sénateur Laurent Duplomb ravive un débat explosif entre impératifs agricoles, santé publique et préservation de la biodiversité. Si le texte, bloqué à l’Assemblée, doit encore être examiné par une commission mixte paritaire, une chose est claire : les dangers de l’acétamipride pour l’environnement sont avérés. Pour la santé humaine, les doutes subsistent… mais s’accumulent.
Santé humaine : une alerte scientifique de plus en plus étayée
Les effets toxiques des néonicotinoïdes sur les insectes – et notamment les pollinisateurs – ne sont plus à démontrer. L’acétamipride agit sur le système nerveux central des abeilles, les désoriente, et les conduit à l’épuisement et à la mort. Pour les humains, les mécanismes d’action sont similaires sur le plan biologique, mais les données manquent encore pour un consensus scientifique solide. Des études, toutefois, s’inquiètent. Une recherche japonaise de 2019 montre que l’acétamipride franchit la barrière placentaire, affectant le neurodéveloppement de l’enfant à naître. Une autre, américaine, établit un lien entre exposition et baisse du QI. Risques de malformations, troubles du spectre autistique, maladies cardio-métaboliques, cancers du foie : la littérature scientifique pointe de nombreuses pistes, sans pouvoir encore toutes les consolider statistiquement à grande échelle. Principale voie de contamination : l’alimentation. Selon le CNRS, même les personnes vivant loin des zones agricoles ne sont pas à l’abri. Respirer des particules lors d’épandages ou toucher des surfaces traitées représentent aussi des risques, notamment pour les agriculteurs mal équipés.
L’Europe temporise, les chercheurs français s’inquiètent
L’Autorité européenne de sécurité des aliments (EFSA) autorise encore l’usage de l’acétamipride jusqu’en 2033, malgré des « incertitudes majeures » sur ses effets neurotoxiques. En France, l’Anses n’a pas relevé de danger dans le cadre strict des conditions d’emploi. Mais les chercheurs alertent : l’« effet cocktail » des expositions multiples est mal évalué. Un pesticide pris isolément peut sembler inoffensif, mais combiné à d’autres, ses effets peuvent se décupler. En attendant, les apiculteurs dénoncent un « tueur d’abeilles » tandis que certains agriculteurs, notamment en betterave et noisettes, affirment ne pas avoir d’alternative efficace. Mais pour de nombreux scientifiques, la question dépasse l’efficacité immédiate : l’usage de ces substances participe au déclin global des insectes et des écosystèmes, un effondrement silencieux aux conséquences potentiellement lourdes pour l’agriculture elle-même. Ainsi, même si le danger exact pour l’homme reste à quantifier, les signaux faibles s’accumulent. Et dans le doute, certains préfèrent interdire. D’autres, comme le sénateur Duplomb, misent sur la survie à court terme d’un modèle agricole sous pression. Le compromis, lui, se fait attendre.