Médicaments : la liste noire 2026 fait trembler les ordonnances
Médicaments : la liste noire 2026 fait trembler les ordonnances

Chaque semaine, l’équivalent de 700 000 euros de médicaments est jeté par les hôpitaux et cliniques françaises. Une enquête nationale révèle un gaspillage massif : plus de 250 000 traitements, dont une part significative encore consommable, disparaissent ainsi dans les déchets médicaux. Ce constat, qui concerne à peine 200 établissements volontaires sur les 3 000 recensés en France, donne une idée de l’ampleur d’un phénomène pointé récemment par la Cour des comptes. Le problème n’est pas marginal. Entre novembre et mars 2025, les établissements ayant participé à l’étude, menée par le C2DS (un réseau d’hôpitaux engagés dans la réduction de leur empreinte environnementale) et le RésOMEDIT (qui regroupe les observatoires régionaux du médicament), ont comptabilisé en une seule semaine 252 246 médicaments jetés. Le poids total dépasse deux tonnes et représente une perte financière considérable.

Des causes multiples et évitables

Un tiers des médicaments éliminés sont arrivés à expiration, un sixième sont considérés comme impropres pour d’autres raisons, mais près d’un cinquième seraient encore parfaitement utilisables. Leur mise au rebut s’explique souvent par des conditionnements trop volumineux : des boîtes entières sont jetées dès qu’un traitement est entamé, faute de temps pour reconditionner les doses restantes. À cela s’ajoutent les médicaments apportés par des patients hospitalisés, qui ne trouvent pas leur place dans le circuit et finissent eux aussi dans les poubelles. La majorité des produits jetés sont des comprimés, mais des solutions injectables, crèmes ou inhalateurs apparaissent également dans les bilans. En volume, ce sont surtout des médicaments peu coûteux – anxiolytiques, hypnotiques, antidépresseurs – qui disparaissent le plus souvent. En valeur, le constat est bien plus préoccupant : près d’un tiers du gaspillage provient de traitements onéreux comme les chimiothérapies anticancéreuses ou les antithrombotiques, essentiels mais difficiles à gérer en raison de leurs contraintes de conservation.

Des pistes pour limiter la casse

Le rapport souligne la nécessité d’un système d’alerte dédié aux médicaments les plus coûteux proches de la péremption, afin d’éviter qu’ils ne soient jetés sans avoir été utilisés. Il appelle aussi à des commandes mieux calibrées pour éviter les surstocks chroniques, ainsi qu’à des études permettant d’allonger les durées de conservation des molécules stables au-delà des dates actuelles. Ce travail de recensement n’est qu’un premier pas, mais il met en lumière une incohérence flagrante : alors que le système de santé français cherche à réduire ses dépenses et à améliorer son empreinte écologique, il continue de sacrifier chaque semaine des centaines de milliers de boîtes encore exploitables. Derrière ces chiffres, ce sont des ressources financières, médicales et humaines qui s’évaporent, révélant une faille structurelle dans la gestion des traitements hospitaliers.

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