GENÈVE, 5 juin 2025 — Le taux de malnutrition aiguë chez les jeunes enfants de la bande de Gaza a quasiment triplé depuis février, selon un rapport alarmant publié jeudi par l’ONU et plusieurs agences humanitaires. Cette dégradation rapide survient alors que l’accès à l’aide humanitaire reste sévèrement entravé dans l’enclave palestinienne, ravagée par plus de vingt mois de guerre entre Israël et le Hamas.
D’après l’enquête menée par le cluster nutrition, un groupe coordonné par les Nations Unies, environ 5,8 % des quelque 50 000 enfants de moins de cinq ans examinés fin mai souffraient de malnutrition aiguë. Ce chiffre, en hausse par rapport aux 4,7 % recensés début mai, est presque trois fois supérieur au niveau observé en février, lors d’un court cessez-le-feu qui avait permis une brève reprise des livraisons humanitaires.
La situation est particulièrement critique pour les enfants atteints de malnutrition aiguë sévère, une forme grave qui affaiblit le système immunitaire et met leur vie en danger. Le rapport souligne que les centres spécialisés dans le traitement de ces cas, situés notamment à Rafah et dans le nord de Gaza, ont dû fermer leurs portes, faute de ressources, de sécurité ou à cause de destructions liées aux combats.
Les combats ont repris de manière intense après la fin de la trêve en mars, et Israël a alors bloqué pendant onze semaines l’entrée de l’aide à Gaza, déclenchant une alerte à la famine lancée par le Réseau mondial contre les crises alimentaires. Bien qu’une reprise partielle de l’aide ait été constatée, Israël continue de contrôler l’ensemble des flux humanitaires vers Gaza et accuse le Hamas de s’en approprier une partie, ce que le groupe islamiste dément.
Un ministre palestinien a récemment fait état de 29 décès dus à la faim en quelques jours seulement, touchant principalement des enfants et des personnes âgées. Sur le terrain, la situation est dramatique. L’ONG Médecins sans frontières a déclaré jeudi que des médecins gazaouis, en manque total de fournitures, en sont réduits à donner leur propre sang pour tenter de sauver leurs patients, dans un contexte d’attaques meurtrières contre des civils en quête de nourriture.
Alors que la distribution de l’aide reste entravée et que les structures sanitaires s’effondrent, les organisations humanitaires alertent : sans accès immédiat et sécurisé à l’ensemble de la population de Gaza, la crise alimentaire pourrait s’aggraver encore dans les semaines à venir.