C’est une épidémie silencieuse qui pourrait exploser d’ici 2050. Selon une étude parue en cette fin juillet dans The Lancet, le nombre de nouveaux cas de cancer du foie dans le monde pourrait bondir de 870 000 à 1,52 million d’ici un quart de siècle. Une croissance vertigineuse, alors même que près de 60 % de ces cancers sont liés à des facteurs évitables. Alcool, hépatites virales, obésité : les causes sont connues, les solutions existent, mais les réponses sanitaires restent encore timides.
Un cancer agressif, un pronostic désastreux
Malgré son incidence inférieure à d’autres tumeurs, le cancer du foie figure déjà au troisième rang mondial des causes de décès par cancer. En France, il affichait en 2023 un taux de survie nette à cinq ans de seulement 18 %. Et la médiane de survie plafonne à douze mois. En cause, un diagnostic souvent trop tardif et un accès aux traitements encore inégal, en particulier pour les patients atteints d’hépatite chronique ou de cirrhose. Les projections sont claires : sans action concertée, la mortalité continuera de grimper. L’étude estime que le virus de l’hépatite B (VHB) sera responsable de 37 % des cancers hépatiques en 2050, contre 39 % en 2022. Le VHC (hépatite C) suivra avec 26 % des cas. Quant à l’alcool, il représenterait à lui seul 21 % des cas dans un quart de siècle, et la stéatose hépatique non alcoolique (rebaptisée MASLD) près de 11 %.
Les clés de la prévention sont déjà là
Selon les auteurs de l’étude, jusqu’à 75 % des cancers du foie sont liés à des modes de vie ou à des infections évitables. C’est donc du côté de la prévention que se joue l’essentiel. La vaccination contre le VHB dès l’enfance, le dépistage universel des hépatites, la taxation de l’alcool et les politiques de santé contre l’obésité figurent en tête des mesures recommandées. Certaines initiatives, comme en Chine, démontrent déjà leur efficacité. En combinant vaccination, dépistage ciblé et lutte active contre les addictions, les modèles estiment une réduction possible de la mortalité de plus de 80 % chez les hommes d’ici 2050. Ce qui manque, alertent les chercheurs, ce ne sont pas les outils, mais la volonté politique et les investissements suffisants. En France, environ 11 600 cas sont diagnostiqués chaque année. Les principaux responsables ? L’alcool, en cause dans plus de la moitié des cas, mais aussi les hépatites virales et les maladies du foie liées à l’obésité. Sans mobilisation nationale, le cancer du foie risque d’échapper durablement au radar des politiques de santé publique, alors même qu’il est l’un des cancers les plus évitables.