À Lyon, le « gaz hilarant » n’a plus grand-chose d’une blague de soirée. Depuis novembre 2024, un addictologue du CHU propose des rendez-vous en ligne pour repérer tôt les consommations de protoxyde d’azote qui dérapent, celles qui laissent des traces dans le corps avant même que l’on se l’avoue franchement. L’idée est simple, presque évidente: attraper le problème au vol, orienter vite, sans morale ni sermon.
Car les signaux d’alerte, eux, ne sont pas virtuels. Fourmillements, engourdissements, troubles de la marche, ces symptômes reviennent régulièrement dans les alertes des autorités sanitaires, avec en toile de fond un risque de complications neurologiques souvent lié à une carence fonctionnelle en vitamine B12. Le médecin, cité par Franceinfo, insiste sur une consultation « sans jugement », un détail qui compte quand on connaît la gêne, la peur d’être catalogué, ou le réflexe très français de remettre au lendemain ce qui dérange.
Un écran pour parler, une urgence pour agir
Au fil des semaines, les formats ont changé et le marché aussi. Les petites cartouches associées aux ballons cèdent du terrain aux bonbonnes, capables de remplir jusqu’à 80 ballons pour 25 à 30 euros, et aux « tanks » qui montent jusqu’à 2 000 ballons, selon l’Observatoire français des drogues et des tendances addictives. C’est plus rentable, plus massif, plus difficile à ignorer dans l’espace public, et les risques d’asphyxie lors des inhalations restent dans le décor, comme une menace bête et brutale.
Le profil des consommateurs, lui, ne se limite pas à une caricature d’adolescents en errance. Dans une téléconsultation rapportée, un patient d’une trentaine d’années dit vouloir arrêter après la naissance de son enfant, racontant une consommation de cinq à six bonbonnes par jour avant ce déclic. Le protoxyde d’azote, à l’origine utilisé en anesthésie et dans l’alimentaire via les cartouches de siphon, s’est installé dans l’usage récréatif, notamment chez les jeunes, avec cette impression trompeuse d’un produit « pas si grave » parce qu’il vient d’un univers industriel et légal.
Reste le nerf de la guerre: la loi et sa portée réelle. Une loi de 2021 interdit la vente aux mineurs, mais les achats demeurent possibles sur des sites internet parfois hébergés à l’étranger, pendant que les signalements ont été multipliés par trois entre 2020 et 2023, selon Santé publique France. Fin mars, Laurent Nunez a annoncé de nouvelles mesures pour durcir la législation, évoquant à l’Assemblée un texte « dans les semaines à venir », tandis que l’association Antoine-Alléno a lancé une action collective en justice visant des entreprises étrangères accusées de pousser à l’usage récréatif. Entre prévention médicale, riposte réglementaire et bataille judiciaire, la France cherche la bonne prise… et le temps, lui, continue de tourner.
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