Les murs des établissements pénitentiaires ne suffisent plus à contenir la crise. Dans un rapport choc rendu public ce jeudi, deux députées – Josiane Corneloup (LR) et Elise Leboucher (LFI) – dressent un constat alarmant sur l’état de la psychiatrie en prison. Troubles psychiques en explosion, pénurie de soignants, politiques désorganisées : la mission parlementaire appelle à un changement radical de cap. Avec trois fois plus de pathologies psychiatriques qu’en population générale, les prisons françaises sont devenues, selon le rapport, de véritables zones de relégation sanitaire. Deux tiers des hommes et trois quarts des femmes en sortent avec un trouble psychiatrique ou addictif. Une situation décrite comme « unanimement dégradée » par les auteurs du rapport, qui ont recueilli le témoignage de nombreux professionnels, tous confrontés à des détenus malades, souvent sans soins adaptés.
Des établissements saturés, des soignants débordés, une politique sans pilote
À la surpopulation carcérale, qui bat chaque mois des records, s’ajoute une pénurie criante de lits psychiatriques et de personnels spécialisés. Les moyens manquent partout, à l’exception de quelques initiatives locales saluées dans le rapport. Le document, long de 244 pages, formule 100 propositions, dont certaines très structurantes, pour sortir d’un système que les deux élues jugent à bout de souffle. La critique est sévère. La politique actuelle est qualifiée de « minée par le cloisonnement » entre les ministères de la Santé et de la Justice, sans pilotage clair, ni évaluation des dispositifs. « Il faut presque tout renverser », a résumé Elise Leboucher. Sa collègue Josiane Corneloup reconnaît l’importance des sanctions et de la sécurité, mais refuse que les prisons deviennent des incubateurs de détresse mentale : « Le but n’est pas d’aggraver l’état de santé des détenus, mais de faire en sorte qu’ils aillent mieux en sortant. » Derrière les murs, la psychiatrie s’effondre. Et le système pénitentiaire, faute d’un soutien structurel, risque de transformer chaque cellule en chambre d’écho de la détresse. Les députées espèrent que ce cri d’alerte ne sera pas une bouteille à la mer. Reste à savoir si les ministères, souvent plus répressifs que préventifs, entendent encore les voix de ceux qui soignent dans l’ombre.