Chaque lundi, place de la Libération à Aumale, un camping-car blanc attire l’œil. Ce n’est ni un stand de marché ni un fourgon de restauration rapide, mais un lieu d’écoute et de rencontre pour celles et ceux qui vivent avec des troubles psychiques. Porté par l’Association d’Aide Rurale du Pays de Bray « La Brèche » et parrainé par l’Unafam, le Groupe d’Entraide Mutuelle (GEM) sillonne plusieurs communes de Seine-Maritime et de l’Oise, d’Aumale à Forges-les-Eaux, pour proposer un accompagnement inédit : aller à la rencontre des personnes fragilisées plutôt que d’attendre qu’elles franchissent seules la porte d’une structure spécialisée. À bord, l’accueil est assuré par Alicia Tiennot, coordinatrice du dispositif. Autour d’un café le matin, d’un repas partagé le midi ou d’une activité l’après-midi (yoga, mini-golf, randonnée, ateliers d’écriture, médiation équine…), chacun peut trouver un espace de respiration. Le GEM organise aussi des soirées conviviales en semaine et des sorties le week-end, du zoo d’Amiens à la mer. L’idée est simple : rompre l’isolement, recréer du lien social et redonner une place à des personnes souvent marginalisées.
Un pied à l’étrier pour reprendre confiance
Le public concerné recouvre un large spectre : schizophrénie, troubles bipolaires, dépressions sévères, troubles anxieux ou paranoïa. Pas besoin de reconnaissance officielle de handicap pour rejoindre le groupe, mais une condition reste impérative : être sous traitement et stabilisé. « Beaucoup de jeunes majeurs sont en souffrance psychologique », observe Alicia Tiennot, qui insiste sur la nécessité de déstigmatiser un sujet encore trop tabou. Selon elle, près d’une personne sur dix connaîtra un trouble psychique au cours de sa vie. Créé au printemps 2025, le GEM compte déjà une quinzaine d’adhérents de tous âges et de tous milieux, certains en emploi, d’autres sortant tout juste d’hospitalisation. Tous partagent le besoin d’un cadre rassurant avant de retrouver une autonomie pleine. L’animatrice, Chloé Levistre, aide chacun à exprimer ses envies, à proposer des activités, à reprendre confiance en ses capacités. La méthode repose sur l’entraide entre pairs et l’autodétermination : dessiner, cuisiner, lire, se promener… autant d’occasions de se reconstruire. Les premiers résultats sont tangibles. Des personnes qui ne sortaient plus du tout acceptent désormais de participer aux activités, parfois même aux sorties collectives. Une solidarité s’est créée, des liens se poursuivent en dehors des permanences, certains s’organisent entre eux pour se rendre au camping-car. Pour ces habitants du Pays de Bray, l’initiative agit comme un déclic : elle offre un espace où le handicap psychique n’est ni caché ni jugé, mais pris en compte comme une réalité de vie, avec l’espoir d’un retour progressif vers l’extérieur.