Hadramout entre chaos tribal et enjeux régionaux : un conflit pétrolier qui menace la sécurité de la mer Rouge et de la mer d’Arabie
Hadramout entre chaos tribal et enjeux régionaux : un conflit pétrolier qui menace la sécurité de la mer Rouge et de la mer d’Arabie

Les projecteurs se tournent de nouveau vers la province de Hadramout, à l’est du Yémen, après une escalade tribale inédite qui a rebattu les cartes dans l’une des régions les plus stratégiques du pays. Une montée des tensions qui intervient alors que l’inquiétude internationale grandit face à l’expansion du chaos sur les rives de la mer Rouge et de la mer d’Arabie, avec un impact direct sur les routes de commerce mondiales.

D’un conflit local à une menace internationale

Depuis le déclenchement de la guerre au Yémen en 2014, les efforts régionaux et internationaux visaient à contenir le conflit et à empêcher qu’il ne déborde. Mais la donne a changé : ses répercussions dépassent désormais les frontières yéménites, jusqu’à perturber la navigation internationale.
Les attaques menées par les Houthis au moyen de missiles et de drones contre les navires transitant par le détroit de Bab el-Mandeb ont perturbé la fluidité du commerce mondial, faisant de la stabilité du sud du Yémen un enjeu d’importance globale.

Une montée de tension tribale qui déstabilise Hadramout

Le 29 novembre 2025, Amr ben Habreesh, chef du « Pacte des Tribus de Hadramout », a annoncé que des groupes armés loyaux s’étaient emparés d’installations pétrolières dans les champs de Massila, affirmant qu’il était prêt à affronter les forces gouvernementales.

Parallèlement, l’agence Xinhua a rapporté que des groupes tribaux avaient encerclé plusieurs installations pétrolières, dont le secteur 14 de la compagnie PetroMasila, en interdisant totalement l’accès. Un responsable local a indiqué que « la tension avait atteint son paroxysme », avertissant d’un risque d’affrontements imminents avec les forces d’élite de Hadramout.

Plus préoccupant encore, selon la même source, des renseignements évoquent « une coordination secrète entre certaines factions tribales et des éléments liés à Al-Qaïda dans la péninsule Arabique », dans le but de déstabiliser la région et d’affaiblir les forces gouvernementales.

Ces derniers jours, les groupes armés ont étendu leurs activités : installation de points de contrôle, coupure de routes vitales, occupation de sites pétroliers, saisie de carburant et pillage de biens publics.

Des mesures officielles pour tenter d’enrayer la spirale du chaos

Hadramout, libérée en 2016 par les forces d’élite soutenues par les Émirats arabes unis après des années sous l’emprise d’Al-Qaïda, replonge aujourd’hui dans les tensions. Au milieu de cette escalade, le Conseil présidentiel a nommé Salem al-Khanbashi au poste de gouverneur.

La justice spécialisée a également émis un mandat d’amener contre Amr ben Ali ben Jerish al-Alî, pour des accusations allant de l’enlèvement à la séquestration, conformément au code pénal yéménite.

De son côté, le commandement de la deuxième région militaire a condamné les attaques ciblant les installations pétrolières, qualifiant ces actes d’« atteinte directe aux ressources nationales et tentative d’entraîner Hadramout dans le chaos ». L’armée a assuré qu’elle prendrait des « mesures fermes » pour protéger les champs pétroliers, notamment ceux de PetroMasila.

Un chaos qui sert les intérêts de l’Iran

Pour de nombreux observateurs, l’escalade tribale actuelle coïncide de façon troublante avec la rhétorique houthie prônant la division comme moyen d’affaiblir le gouvernement légitime. Un scénario qui pourrait plonger Hadramout dans un conflit qui profiterait à l’Iran et à ses alliés, avertissent plusieurs experts cités par des agences internationales.

Téhéran, qui a renforcé son influence au Yémen via les Houthis, considère la mer Rouge et la mer d’Arabie comme des espaces stratégiques lui permettant de faire pression sur la communauté internationale.
L’analyste Sabri Afif rappelle que les Houthis « ont évolué d’un mouvement local en une force militaire structurée grâce au soutien iranien ».

Il souligne également que la mer Rouge et la mer d’Arabie représentent « les artères du commerce mondial », et que les attaques houthies contre les navires ont pour objectif d’augmenter les coûts de transport, d’affecter les assurances maritimes et de fragiliser la confiance dans les couloirs maritimes internationaux.

Toujours selon lui, l’Iran cherche à étendre son empreinte militaire en « maintenant une menace constante sur la navigation internationale », afin de disposer de leviers supplémentaires dans son bras de fer avec les puissances occidentales et arabes.

Des risques qui dépassent largement le cadre yéménite

L’expansion du désordre tribal et des opérations armées à Hadramout constitue une menace directe pour la stabilité d’une des principales sources énergétiques du Yémen, la sécurité de la mer Rouge et de la mer d’Arabie, les routes mondiales d’approvisionnement en pétrole, la lutte régionale contre Al-Qaïda, les efforts visant à contrer l’influence iranienne à travers les Houthis.

Selon plusieurs spécialistes, tout affaiblissement des forces d’élite hadramies offrirait à Al-Qaïda comme aux Houthis une opportunité rare d’étendre leur présence, replaçant ainsi Hadramout au cœur d’un conflit aux enjeux géopolitiques bien plus vastes que ceux du Yémen.

Hadramout se trouve aujourd’hui à un tournant critique : un État qui tente de reprendre la main, des tribus qui s’installent dans le vide sécuritaire, des groupes extrémistes en quête d’un nouvel ancrage, et des puissances régionales prêtes à élargir leur influence. Dans une zone au cœur des routes énergétiques mondiales, les conséquences du chaos dépassent largement les frontières de la province et peut-être même celles du Yémen.

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