Le groupe Royer, référence historique du négoce de chaussures en France, vacille. Basé à Fougères, en Ille-et-Vilaine, le groupe a annoncé son placement en redressement judiciaire le 29 octobre 2025. Une mesure de protection sollicitée auprès du tribunal de commerce de Rennes, censée offrir un sursis à cette entreprise emblématique, frappée par la multiplication des crises économiques et par une concurrence mondiale de plus en plus rude. Fondé il y a plusieurs décennies, Royer a longtemps incarné le savoir-faire breton dans la distribution de grandes marques. Il compte aujourd’hui vingt sociétés actives, dont sept en France, et détient notamment Kickers, Chevignon, Dim ou encore Umbro. À son apogée, en 2010, le groupe employait plus de mille salariés, dont trois cents à Fougères, et distribuait aussi les marques Converse et New Balance. Quinze ans plus tard, le géant a perdu de sa superbe.
Des effectifs divisés et trois plans sociaux en douze ans
Le redressement judiciaire intervient après une série de restructurations qui ont laissé des traces. En avril dernier, le groupe avait déjà lancé un nouveau plan social (le troisième en douze ans), supprimant soixante postes, dont trente-huit sur le site de Fougères. Les antennes de Cholet et de Paris avaient elles aussi été touchées. Désormais, Royer ne compte plus qu’environ 260 collaborateurs, dont près de 120 dans la logistique et les services support. L’entreprise, autrefois prospère, a subi de plein fouet la crise sanitaire du Covid-19, puis la flambée des coûts logistiques et la dégradation du pouvoir d’achat des consommateurs. Ces coups successifs ont fragilisé sa trésorerie et désorganisé ses circuits d’approvisionnement. Dans un communiqué, la direction reconnaît que « malgré plusieurs plans d’action pour redynamiser l’activité et renforcer la compétitivité, la persistance d’un contexte défavorable » a conduit à cette décision radicale.
Un sursis pour tenter de rebondir
Ce placement en redressement judiciaire, s’il illustre la gravité de la situation, ne signifie pas la fin du groupe. L’activité se poursuit normalement, assure la direction, qui met en avant la nécessité de préserver la qualité du service rendu aux clients et la cohésion des équipes. Ce délai doit permettre d’élaborer un nouveau plan stratégique, destiné à assurer la continuité de l’entreprise et, peut-être, à sauver ce qui fut l’un des plus puissants acteurs du marché européen de la chaussure. À Fougères, berceau de l’industrie de la chaussure, ce nouvel épisode a un goût amer. La ville, déjà marquée par la liquidation de JB Martin, voit une autre figure de son patrimoine économique vaciller. Le groupe Royer, longtemps symbole d’un ancrage régional fort et d’un rayonnement international, joue désormais sa survie sous la protection du tribunal.