D’abord jouée en juin au théâtre du Funambule à Paris, dans le cadre de leur programme « Festival Nouvel Acte », la pièce La Horde du Contrevent poursuit désormais son envol et sera à retrouver au Festival d’Avignon à partir du 4 juillet, au 3T Avignon. Une étape majeure pour cette jeune création portée par la compagnie La Torche Bleue, fondée en 2025 et soutenue par le Funambule dans son accompagnement des nouvelles écritures scéniques.
Une quête mythique devenue théâtre
Adapté du roman culte d’Alain Damasio, La Horde du Contrevent (2004), le spectacle plonge dans un univers de science-fantasy où un groupe d’Hordiers, formés depuis l’enfance, traverse un monde balayé par des vents constants pour atteindre leur origine : l’Extrême-Amont. Cette quête, à la fois physique, philosophique et existentielle, interroge le sens du mouvement, de la résistance et du collectif.
Sur scène, l’adaptation se concentre sur les cinq derniers survivants de la 34e Horde. Ce choix dramaturgique resserre le récit et en accentue la charge émotionnelle : ce n’est plus seulement une épopée, mais une traversée intime de la perte, de la fatigue et de la volonté de continuer malgré tout.
Une mise en scène habitée par le vent
La force du spectacle repose avant tout sur un engagement total des acteurs et actrices (Adrien Artaud, Clara Laenen, Joséphine Maman, Killian Nobilet, Marlène Perriau et Théotime Soufflet). Leur présence physique, leur précision et leur énergie collective permettent de rendre tangible un élément pourtant invisible : le vent. La mise en scène de Baptiste de Séverac opte pour un plateau épuré, qui laisse toute la place au corps et à l’imaginaire du spectateur. Cette sobriété devient un choix esthétique fort : tout se construit dans le mouvement, la respiration et la dynamique du groupe.
Très vite, le public est embarqué. Les bourrasques semblent traverser la salle, et l’on suit la Horde comme si l’on avançait avec elle, du début à la fin de son voyage.
Une immersion sonore totale
La musique live constitue l’un des atouts majeurs du spectacle. Présente en permanence mais jamais envahissante, elle agit comme un véritable moteur dramaturgique.
Textures électroniques, instruments acoustiques et nappes sonores se mêlent pour traduire la dualité centrale de l’œuvre : la violence du vent face à la fragilité humaine. Cette création sonore donne au spectacle son rythme interne et participe pleinement à l’immersion, jusqu’à parfois remplacer l’image elle-même.
Entre humour, émotion et mystère
Le spectacle parvient à maintenir un bel équilibre entre intensité et légèreté. L’humour surgit dans les interactions entre personnages (notamment à travers le personnage de Caracole interprétée par la gracieuse Marlène Perriau), apportant des respirations nécessaires au cœur de l’épreuve. L’émotion, elle, s’installe progressivement, notamment dans les moments de doute, de fatigue ou de perte. Évasion, mystère, tension et poésie se croisent sans cesse. Le public est ainsi invité à quitter le réel pour entrer dans une aventure totale.
Une jeune compagnie déjà très affirmée
Fondée en 2025, la compagnie La Torche Bleue s’inscrit dans une démarche artistique forte : redonner au théâtre sa capacité à ouvrir des mondes. Soutenue par le Funambule dans le cadre du Festival Nouvel Acte, elle bénéficie d’un accompagnement précieux pour les jeunes créations.
La Horde du Contrevent est bien plus qu’une adaptation : c’est une expérience de plateau, une traversée collective, un souffle partagé entre scène et salle. On en ressort avec la sensation d’avoir été déplacé, physiquement et intérieurement.
Une proposition sensible, inventive et immersive, à découvrir absolument à Avignon cet été du 4 au 25 juillet.
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