À Marseille, l’habitat indigne n’est pas un concept, c’est une cicatrice. Lundi, au tribunal correctionnel, le parquet a requis quatre ans de prison, dont trois avec sursis, contre David Bertin, 42 ans, poursuivi pour avoir acheté puis loué des logements insalubres, parfois même frappés d’un arrêté de péril. L’affaire s’inscrit dans une ville encore hantée par l’effondrement de la rue d’Aubagne en 2018 et ses huit morts, un rappel brutal de ce que coûtent, parfois, les murs qu’on laisse pourrir.
Selon les éléments examinés à l’audience, l’investisseur, propriétaire d’une trentaine d’appartements, aurait continué via des plateformes de location saisonnière à louer deux logements situés dans un immeuble du centre-ville visé dès juin 2019 par un arrêté de péril grave et imminent et une interdiction d’habiter. Il avait déjà été placé en détention provisoire près de quatre mois en novembre 2019 pour mise en danger de la vie d’autrui. Face au tribunal, il a reconnu la mise en danger des locataires et de femmes de ménage chargées de l’entretien, assurant avoir « compris la leçon ».
Un « système » au cœur de l’habitat indigne
Ce que la justice dit voir, c’est moins un dérapage qu’une mécanique. Le tribunal a détaillé un « système » fait de prêts immobiliers obtenus à l’aide de faux documents pour plus d’un demi-million d’euros, d’emploi non déclaré de huit personnes, femmes de ménage et ouvriers polyvalents, et d’utilisation frauduleuse de subventions de l’Agence nationale de l’habitat. Son « empire immobilier », selon les mots du juge d’instruction, dépasserait 1,8 million d’euros, composé de petits appartements achetés dans des immeubles dégradés, rénovés, souvent après division des surfaces, cette technique discrète qui transforme des mètres carrés en rendement.
Le dossier se resserre aussi autour de l’argent public: plus de 243.000 euros de subventions auraient été versés pour rénover huit appartements, avec une condition expresse, les louer à des loyers sociaux. D’après l’accusation, ces logements auraient finalement été loués à des touristes, tandis que le propriétaire bénéficiait aussi d’un abattement fiscal de 70% sur ses revenus locatifs. Deux femmes de ménage, parties civiles, ont décrit un marché glaçant, « un logement en guise de salaire », évoquant leur situation administrative précaire, une réalité que l’avocate de l’une d’elles a qualifiée « d’esclavagisme moderne ». Le procureur a demandé une interdiction d’acquérir des biens pour les louer et une interdiction définitive de gérer une société, tandis que la défense devait prendre la parole mardi, dans un dossier où Marseille attend, cette fois, que les mots se transforment en décisions.
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