La Cour pénale internationale (CPI) a démenti samedi avoir émis un mandat d’arrêt contre le sénateur philippin Ronald Dela Rosa, ancien chef de la police nationale et principal architecte de la violente guerre antidrogue menée sous la présidence de Rodrigo Duterte. L’annonce initiale du mandat avait été faite plus tôt dans la journée par le médiateur philippin, Jesus Crispin Remulla, avant d’être rapidement contredite par la Cour basée à La Haye.
Selon Remulla, cité par Reuters, l’information lui aurait été transmise par un responsable du ministère philippin de la Justice. Toutefois, le porte-parole du ministère, Polo Martinez, a déclaré que ses services « vérifiaient encore » la véracité de cette allégation et qu’aucun document officiel n’avait été reçu. De son côté, le porte-parole de la CPI, Fadi El Abdallah, a affirmé qu’« aucun mandat d’arrêt n’a été émis » et rappelé que toute communication officielle de la Cour devait passer par ses canaux publics.
Ronald Dela Rosa, aujourd’hui sénateur, avait dirigé la police nationale entre 2016 et 2018, au plus fort de la campagne antidrogue de Rodrigo Duterte. Cette politique de « tolérance zéro » contre le trafic de stupéfiants a entraîné la mort de plusieurs milliers de personnes, selon les Nations unies, souvent dans des exécutions extrajudiciaires présumées. Dela Rosa, comme Duterte, fait partie des responsables cités dans le cadre de l’enquête de la CPI sur de possibles crimes contre l’humanité.
Duterte, qui a quitté la présidence en 2022, a été arrêté en mars dernier en vertu d’un mandat d’arrêt international émis par la CPI. Il est actuellement détenu à La Haye et conteste la légalité de cette arrestation. Ses avocats ont récemment déposé un recours pour demander la suspension des poursuites et sa libération immédiate.
Le bureau de Dela Rosa n’a pas réagi aux informations de vendredi, mais l’ancien chef de la police a reconnu en avril avoir reçu une communication de la CPI concernant les accusations d’exécutions extrajudiciaires. Il a également saisi la Cour suprême des Philippines pour forcer le gouvernement à mettre fin à toute coopération avec la juridiction internationale.
Le gouvernement du président Ferdinand Marcos Jr. a déclaré ne pas avoir encore confirmé l’existence d’un tel mandat d’arrêt. S’il devait être confirmé, il serait examiné dans le cadre des règles d’extradition approuvées par la Cour suprême philippine, a indiqué le médiateur Remulla. Pour l’heure, la confusion persiste entre les autorités de Manille et la CPI, dans un climat politique toujours tendu autour de l’héritage de la guerre contre la drogue de Duterte.