Le Parlement pakistanais a approuvé lundi une série d’amendements constitutionnels qui élargissent considérablement les pouvoirs du chef de l’armée, Asim Munir, et restreignent le champ d’action de la Cour suprême. Une réforme que l’opposition dénonce comme une atteinte grave à la démocratie.
Adopté en à peine trois heures par le Sénat après le départ des partis d’opposition, le texte prévoit la création d’un poste de chef d’état-major des armées une nouvelle fonction qui placerait Munir à la tête de l’ensemble des forces armées pakistanaises, y compris l’armée de l’air et la marine. Ce rôle, décrit comme celui d’un « commandant suprême », viendrait renforcer le poids politique déjà considérable de l’armée dans un pays marqué par plusieurs décennies de régimes militaires.
Le président américain Donald Trump, proche de Munir, l’a qualifié de son « maréchal préféré ». La réforme, qui lui confère également l’immunité à vie à la fin de son mandat, consacrerait pour la première fois constitutionnellement cette domination militaire sur les institutions civiles.
Le texte prévoit aussi la transformation de la Cour suprême : les questions constitutionnelles seraient désormais confiées à une Cour constitutionnelle fédérale, dont les juges seraient directement nommés par le gouvernement. Les détracteurs y voient un moyen d’écarter une justice qui, ces dernières années, a bloqué plusieurs initiatives gouvernementales et destitué des Premiers ministres.
Le président Asif Zardari bénéficierait lui aussi d’une immunité à vie. Le ministre de l’Information, Attaullah Tarar, a défendu la réforme, affirmant qu’elle vise à « renforcer la coordination fédérale et les capacités de défense du pays ».
Mais pour le parti d’opposition de l’ancien Premier ministre Imran Khan, actuellement emprisonné, il s’agit d’un virage autoritaire. « On ne peut pas imposer une Constitution par la force », a dénoncé le sénateur Ali Zafar, accusant le gouvernement d’avoir agi sans consultation ni débat national.
Asim Munir, promu maréchal après le conflit frontalier avec l’Inde en mai, demeure une figure centrale du pouvoir au Pakistan. Les partisans de la réforme affirment que la modernisation de l’appareil militaire exige une direction unifiée ; ses opposants redoutent au contraire une dérive vers une militarisation accrue de l’État et un affaiblissement durable des institutions civiles et judiciaires.