La Chine a affirmé jeudi que sa décision d’interdire l’exportation de biens à double usage vers le Japon ne concernerait que les entreprises liées au secteur militaire, cherchant ainsi à apaiser les inquiétudes sur d’éventuelles perturbations des chaînes d’approvisionnement, notamment dans le domaine sensible des terres rares utilisées par l’industrie automobile japonaise.
Les biens à double usage regroupent des produits, logiciels ou technologies pouvant avoir des applications civiles et militaires. Ils incluent certains aimants en terres rares, essentiels à la fabrication de composants automobiles tels que les rétroviseurs, les haut-parleurs ou les pompes à huile, et dont l’importance est encore accrue dans les véhicules électriques.
« Les utilisateurs civils ne seront pas affectés », a déclaré He Yadong, porte-parole du ministère chinois du Commerce, lors d’un point presse. Il a souligné que Pékin restait attaché à la stabilité et à la sécurité des chaînes de production et d’approvisionnement mondiales, sans toutefois préciser si les terres rares figuraient explicitement parmi les produits visés par les restrictions.
La Chine dispose d’une liste de contrôle d’environ 1 100 biens et technologies à double usage nécessitant une licence d’exportation, quelle que soit la destination. Cette liste comprend plusieurs catégories de terres rares moyennes et lourdes, mais elle ne détaille pas les produits qui pourraient être spécifiquement concernés par l’interdiction visant le Japon.
Les relations entre la Chine et le Japon se sont tendues ces derniers mois, après des déclarations du Premier ministre japonais en novembre laissant entendre qu’une attaque chinoise contre Taïwan pourrait justifier une riposte militaire de Tokyo. Pékin avait alors dénoncé des propos « provocateurs ».
Selon le ministère chinois du Commerce, les exportations vers le Japon destinées à un usage militaire ou susceptibles de renforcer les capacités militaires japonaises sont interdites, une mesure présentée par Pékin comme visant à freiner ce qu’il qualifie de remilitarisation du Japon.
De son côté, le Japon a vivement protesté. Le vice-ministre japonais des Affaires étrangères, Takehiro Funakoshi, a convoqué l’ambassadeur de Chine à Tokyo pour dénoncer ces restrictions et demander leur retrait. La Chine a rejeté ces protestations, selon un communiqué de son ambassade.
Cette décision intervient alors que le Japon a récemment approuvé un budget militaire record, en hausse de 3,8 %, portant ses dépenses de défense annuelles à environ 9 000 milliards de yens, une évolution suivie de près par Pékin dans un contexte régional de plus en plus tendu.