Les montants impressionnent. Selon nos confrères de Radio France, en 2025, les investissements mondiaux ont bondi de 32 % pour atteindre 1 800 milliards de dollars, soit environ 1 500 milliards d’euros. Un niveau inédit, publié par les cabinets Trendeo, McKinsey & Company et l’Institut de la réindustrialisation CESI. Derrière cette envolée, un moteur domine : les États-Unis.
Malgré un climat commercial tendu, marqué par les droits de douane et les incertitudes géopolitiques, les entreprises continuent d’afficher leur confiance. Le rebond est toutefois très concentré. Les investissements réalisés sur le sol américain ont doublé en un an, captant une part massive des flux mondiaux.
Cette dynamique s’inscrit dans la logique dite « America First », qui privilégie la production et l’investissement domestiques. Les entreprises américaines investissent davantage sur leur territoire et réduisent leurs engagements à l’étranger. La baisse de l’impôt sur les sociétés pour celles qui produisent aux États-Unis renforce cette orientation.
Plus de capitaux, mais peu d’emplois
Si les volumes progressent fortement, l’impact sur l’emploi reste limité. Les projets recensés concernent en grande partie des secteurs hautement numérisés. Les data centers, les infrastructures liées à l’intelligence artificielle ou aux technologies avancées concentrent une part importante des montants engagés.
Ces activités mobilisent des capitaux massifs, mais génèrent peu de créations d’emplois directs. L’automatisation et l’IA remplacent progressivement une partie de la main-d’œuvre. Le paradoxe est donc clair : des investissements records, mais une progression modeste des postes. La croissance des montants ne traduit pas nécessairement une réindustrialisation à forte intensité de travail. Elle révèle plutôt une transformation structurelle vers des projets capitalistiques et technologiques.
Europe marginalisée, France en perte de vitesse
L’écart se creuse nettement avec l’Europe. Sur les 1 500 milliards d’euros investis dans le monde en 2025, le continent n’en a capté qu’environ 215 milliards. Une part relativement faible au regard du poids économique européen.
De plus, ces investissements ne sont pas majoritairement d’origine européenne. Les capitaux proviennent surtout d’acteurs asiatiques, notamment chinois, et dans une moindre mesure américains. L’investissement domestique reste limité, ce qui fragilise l’idée d’un rebond autonome du continent.
La situation française apparaît encore plus contrastée. Entre 2021 et 2025, la France n’a attiré qu’environ 160 milliards de dollars, soit 135 milliards d’euros, d’investissements internationaux. Un montant cumulé sur quatre à cinq ans, bien inférieur aux dynamiques observées aux États-Unis.
Ce chiffre interroge l’attractivité du pays, souvent mise en avant dans les discours officiels. Dans un contexte de concurrence fiscale et réglementaire accrue, la France peine à capter une part significative des flux mondiaux. Le contraste est saisissant : une explosion des investissements globaux, portée par la stratégie américaine, et une Europe reléguée au second plan. Le monde investit davantage, mais investit ailleurs.