Au Grand Palais, Nan Goldin explore l’intime et les luttes dans une rétrospective immersive
Au Grand Palais, Nan Goldin explore l’intime et les luttes dans une rétrospective immersive

Avec This Will Not End Well, le Grand Palais accueille jusqu’au 21 juin une rétrospective majeure consacrée à Nan Goldin. Mais le mot exposition est presque trop étroit pour décrire ce parcours. Ici, on ne longe pas des tirages alignés sur des cimaises : on traverse des espaces de projection, on s’assoit, on écoute, on reçoit de plein fouet des images, des voix, des musiques, des douleurs et des élans de vie. L’ensemble compose une expérience profondément sensible, à la hauteur d’une artiste qui n’a jamais séparé l’intime du politique.

Une œuvre à vivre plus qu’à regarder

Le parcours a été pensé comme une suite de pavillons, chacun consacré à un diaporama ou à une installation filmique. Cette forme n’a rien d’anecdotique : Nan Goldin a toujours travaillé ses photographies comme une matière narrative, presque cinématographique. Dans cette rétrospective, chaque salle possède ainsi sa propre respiration, sa pénombre, sa bande-son, sa manière d’absorber le visiteur.

On y retrouve ses grands ensembles, à commencer par The Ballad of Sexual Dependency, immense chronique de ses proches, de leurs fêtes, de leurs désirs, de leurs blessures et des ravages du sida. Plus loin, The Other Side rend hommage à ses amies trans dans une suite de portraits d’une tendresse saisissante. Memory Lost, lui, s’enfonce dans la crise des opioïdes, tandis que Stendhal Syndrome mêle l’histoire de l’art à sa propre mémoire affective. L’exposition se distingue justement par cette façon de faire dialoguer l’histoire collective et les existences singulières, sans hiérarchie ni distance froide.

Une artiste de l’intime, mais jamais repliée sur elle-même

Ce qui frappe dans cette rétrospective, c’est que l’œuvre de Nan Goldin ne se contente pas de documenter une époque ou un milieu. Elle donne à voir une manière d’être au monde, faite d’empathie, de proximité et de refus du détachement. Depuis les années 1970, la photographe américaine capte ses amis, ses amours, les corps en fête comme les corps abîmés, les communautés queer, les nuits traversées par l’excès et les années marquées par l’hécatombe du sida. Son regard n’idéalise rien, mais il ne juge jamais.

L’exposition parisienne rappelle aussi que cette œuvre reste en mouvement. Un nouveau montage consacré à Gaza y a été intégré, prolongeant son engagement contre les violences du présent. Cette fidélité à ses combats donne à l’ensemble une résonance particulière : chez Nan Goldin, la photographie n’est pas seulement un art de la mémoire, c’est aussi une forme de résistance. En sortant, on garde moins le souvenir d’images isolées que celui d’une traversée émotionnelle, dense, troublante, parfois rude, mais d’une rare humanité.

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